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Archive for mai 2010

Le vent souffle de toutes ses forces vers le col de la Rousse et, plus on monte, plus l’herbe se fait rare et rase. Quelques fleurs courageuses résistent : de minuscules pensées des Alpes, quelques soldanelles et des gentianes printanières accrochées à la pente. Des petites taches bleues et violettes, pour résumer. Des taches d’un bleu intense, un peu plus larges, attirent mon regard alors que je transpire en grimpant vers le sommet. Des feuilles vertes épaisses, longues de quelques centimètres et assez étroites, entourent une fleur presque posée sur le sol tant la tige est courte. La fleur est un calice long et assez étroit, comme une petite trompette bleue. L’intérieur est plus clair, avec des parties vert fluo et des petites pustules plus sombres très mignonnes. Le pistil presque blanc se remarque à peine au milieu de ces couleurs et matières débridées. C’est la gentiane à fleurs étroites, une plante rare très proche de sa cousine la gentiane alpine (la même, avec des petites feuilles rondes très épaisses et pas de tige du tout).

Cette gentiane a une vie assez fascinante. Déjà, elle a voyagé sur des milliers de kilomètres en évoluant à chaque étape, depuis l’Asie, avant de poser ses valises dans l’ouest des Alpes. Certaines légendes content qu’une confrérie de marmottes-colporteurs parcouraient les montagnes du monde entier pour emplir leurs sacs de graines et faciliter le travail du vent et des rivières, chargés de faire voyager les plantes.

Ensuite, ces gentianes vivent tellement haut, dans des contrées tellement hostiles qu’elles ont développé des trésors d’imagination pour survivre. Comme l’été est très court, elles préparent les fleurs dès l’automne précédent, et leur pollen alors que la neige commence juste à fondre !

Gentiane à feuilles étroites – Gentiana angustifolia – Famille des Gentianacées

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Mille pensées s’égrènent dans la montagne printanesque : dans les prairies, les sous-bois, au bord des chemins, et même au milieu des rochers. Jaunes, violettes ou souvent les deux à la fois, petites, grandes, rondes ou longues, toutes différentes, elles appartiennent pourtant à la même famille : la pensée des Alpes. Évidemment, il existe quelques autres pensées – la pensée du Mont-Cenis, la pensée des champs, la pensée Bubani, la mauvaise pensée… – mais je n’ai pas encore eu affaire à elles.

Oh, je pourrais vous en montrer plein, des jaunes pâles notamment, mais ces trois photos montrent bien la variété qui existe dans cette variété (si si). Celle de gauche, énorme, a poussé au milieu d’un chemin pierreux, à 2000m d’altitude. Au-dessus, ce mini-parterre sera bientôt brouté par les vaches, dans un pâturage frais et ombragé, à 1600m. Il paraît que les vaches adorent ça, depuis que Jupiter en a offert un bouquet à Io en la transformant en génisse. L’histoire ne dit pas si les vaches Milka® en ont trop mangé…

Si les bovins s’en régalent, les insectes ne se bousculent pas pour les butiner : comme ces fleurs sont éperonnées (la tige forme un pli), seuls les insectes à longue trompe, comme le sphynx à longue trompe, peuvent s’y risquer. Sur cette photo d’une pensée blanche, l’éperon en devenir est bien visible sur les bourgeons, au pied de la fleur.

Une dernière chose : les violettes et les pensées ne forment qu’un seul genre aux yeux des botanistes. Il faut dire qu’elles se ressemblent sacrément. La violette a juste l’air de faire la tête, avec ses pétales tournés vers le bas.

Pensée des Alpes – Viola calcarata – Famille des Violacées

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Des marais au milieu des montagnes, il y en a, et c’est un lieu de rendez-vous très prisé par les canards sauvages ou les insectes de toutes sortes. Lorsqu’en plus ces insectes trouvent des fleurs à butiner, des feuilles charnues à grignoter, c’est la folie des hauteurs. Ces gros boutons d’or sont de véritables boîtes de nuit pour scarabées et abeilles.

Le populage est une fleur de printemps, qui fait de petites touffes au bord des lacs, des marais, dans les prairies inondables quand elles sont inondées, ou même dans les forêts qui longent les cours d’eau (les ripisylves, héhé, ça vous en bouche un coin). Elle a de belles feuilles rondes et luisantes, en forme de cœur, et ses fleurs dorées ne passent pas inaperçues sur l’eau sombre des marais.

Les marmottes font confire les boutons de ces fleurs et les mangent comme des câpres, c’est délicieux dans une petite salade de pissenlits.

Populage des marais – Caltha palustris – Famille des Renonculacées

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Fin mai, quand on monte vraiment haut, ou sur les versants nord, la montagne est encore toute blanche. Tout près des plaques de neige pointent de minuscules fleurs jaunes, blanches ou roses. J’en ai déjà évoqué certaines mais cette semaine, j’ai pu admirer devant le terrier de Léontine une belle fleur violette.

Au ras du sol, quelques feuilles toutes rondes, qui ressemblent à des feuilles de cyclamen, servent de panneaux photovoltaïques : elles captent le moindre rayon de soleil et font fondre la neige. Une tige bien droite se dresse alors et, au-dessus, deux ou trois fleurs jumelles. Ces corolles délicates et violettes, comme un tutu d’Élise, se froissent dès qu’on les touche. Seules les abeilles peuvent s’y poser assez délicatement. Elles atterrissent sur les pétales, sont entourées d’un nuage de pollen, embrassent le long pistil tout fin et repartent butiner la montagne.

Soldanelle des Alpes – Soldanella alpina – Famille des Primulacées

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La Rousse

Je ne comprends pas grand chose à ces histoires de cailloux qui parlent et qui ne dorment pas. Ou le contraire, qui parlent en dormant. Est-ce que le caillou-montagne dormait quand il m’a parlé ? Hmm… dans ce cas, il rêvait qu’il me parlait, et d’ordinaire on dit vraiment n’importe quoi en rêve. Ma sœur, par exemple, fait toujours des petits bruits bizarres, et je ne l’imagine pas du tout prendre une voix de Commandeur pour me dire d’aller faire rêver la caillasse à l’autre bout de la montagne.

Et je suis quoi moi au milieu de tout ça ? S’il me parle en rêve, alors je suis dans son rêve. Mais est-ce qu’il me rêve ou est-ce qu’il rêve de moi ? Comment peut-il rêver de moi si l’on ne s’est jamais croisé ? S’il rêve de moi, ça veut dire que je suis un caillou ? Il ne peut pas me faire entrer dans son rêve. Ou alors, c’est que je suis moi aussi un caillou-montagne. Mais alors là, ça ne se fait pas d’entrer dans les rêves des cailloux comme ça. C’est personnel un rêve. Ou pire, je suis une marmotte qui rêve d’être une montagne et qui se le dit en rêve… éveillé ?

Oh et puis zut. J’y comprends rien, là. Du coup j’ai décidé d’aller voir Léontine, une lointaine cousine qui vit du côté du col de La Rousse. Je ne l’ai encore jamais vue, mais maman disait toujours qu’elle connaît Gran’Ma. Gran’Ma, c’est la plus vieille des marmottes : la Gran’Marmotte. Elle vit quelque part dans… quelque part en fait. Je ne sais pas où.

Elle est gentille Léontine. Elle est beaucoup plus âgée que moi, mais elle m’a ouvert son terrier et offert le thé. C’est mignon chez elle. C’est vraiment le terrier rêvé. Aménagé, bien situé, face au soleil mais frais l’été. Elle tient bien son petit jardin et il y a même des petites fleurs devant l’entrée. On a papoté un long moment, mais je n’ai pas osé lui dire pourquoi je venais la voir exactement. Ça fait un peu tarte de répondre : « c’est un caillou qui me l’a demandé ».

C’est lorsqu’elle m’a proposé d’aller voir des amis un peu plus haut dans la plaine que j’ai compris pourquoi ça s’appelle le col de la Rousse. J’ai eu la peur de ma vie quand la grosse touffe de poils roux s’est jetée sur moi. Elle avait des dents ÉNORMES ! Toutes serrées et pointues. Je les ai vues de près et elles ont bien failli m’emporter l’oreille. C’est un caillou qui m’a sauvé. Je ne l’avais pas vu et j’ai roulé dessus en sortant du terrier. S’il ne m’avait pas fait tombée par terre, j’aurais pu vous décrire la gueule de la rousse avec beaucoup trop de détails à mon goût. Merci le caillou !

… caillou ?

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Je gambade dans la forêt, saute par-dessus les ruisseaux, mordille les petites pousses des hêtres, sautille le long d’un tronc couché contre la pente, me cache dans les vieilles souches quand passe un sanglier et repars faire la course avec les fourmis (même si elles n’ont pas l’air de vouloir jouer, trop affairées comme toujours). La forêt n’est pas un endroit pour les marmottes, mais je m’y amuse beaucoup. Toujours inattendue, passant d’un coup d’une forêt dense de hêtres vert-jaune à une masse sombre de sapins quand on change de versant. Pleine de bruits bizarres ; froissements, frétillements, bruissements, sifflements et moqueries des oiseaux.

Le chant triste de la grive musicienne domine les autres.

– Tirelui, tirelui, tu-tu-tu, un œuf est tombé, tchirlip-tchirlip, un petit œuf vert…

Un œuf vert ? Tiens, le gros œuf de coccinelle, là, au milieu du chemin, est vert lui aussi. Il a les petits points noirs de sa maman.

– Sip-sip, tituuu-tituuu, c’est mon œuf, c’est mon œuf !

– Euh, hein ? L’œuf de coccinelle est à vous ? Madame la grive, c’est pas moi qui l’ai fait tomber ! Je vous jure !

– Pi-pi-pi, tiouloulou, je sais bien, petite marmotte… Le vent, le hasard…

Perchée sur un buisson, dame grive, brune et tachetée, me regarde par-dessus son bec. Je me dandine sur mes pattes, comment la consoler ? Lui donner un escargot à picorer contre un rocher ? Lui chatouiller le dessous des ailes ?

La grive musicienne se tait et s’engouffre dans son buisson, pour vérifier que les autres œufs vont bien. Je file sur la pointe des pattes. Un renard mangera l’œuf tombé et déjà froid…

Grive musicienne – Turdus Philomelos – Ordre des passériformes, famille des turdidés

http://www.oiseaux.net/oiseaux/grive.musicienne.html

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Les crêtes

J’ai beaucoup réfléchi depuis que le caillou-montagne m’a parlé. Les cailloux ne parlent pas d’ordinaire, en tout cas pas ceux que j’avais rencontrés jusque là. Je me suis dit que c’est peut-être parce qu’ils sont timides. Du coup, j’ai décidé de me faire des amis cailloux pour essayer de savoir ce qui les fait rêver.

Je suis allée à l’endroit où la montagne est la plus « vraie », à Réallon. Le caillou-montagne avait raison : le réel c’est tout triste et gris. C’est pas vraiment la montagne dont je rêve. C’est sans doute pour ça qu’elle déprime : elle se sent moche et elle n’ose plus parler avec les gens. C’est une banale crise d’adolescence en fait. Du coup, elle n’en dort plus, la pauvre montagne. Et donc pas de rêve. Tout ce qu’il me reste à faire, c’est endormir la montagne.

J’ai pris mon plus beau déguisement de marmotte punk pour la détendre, et je me suis promenée partout sur les cailloux. J’ai essayé de discuter avec ceux que je croisais, mais je n’ai réussi qu’à faire s’étrangler une corneille de rire. J’ai même essayé de gratter et de masser les cailloux cassés pour les consoler. Je me suis dit que ça les détendrait peut-être. Moi, il suffit de me gratter le dessous du nez pour que je m’endorme aussitôt, alors il n’y a pas de raison que ça ne marche pas avec des cailloux qui parlent.

J’ai dû passer à côté du nez.

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