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Archive for mai 2010

Le vent souffle dans mes oreilles, la neige forme encore de larges plaques qui me refroidissent les pattes, mais de petits soleils m’encouragent dans mon ascension : c’est la gagée de Liotard, ou du moins l’une des onze espèces de gagée que l’on trouve dans ce pays. Les chamois l’appellent l’étoile jaune de Liotard, avant de s’empresser de la brouter.

Elle pousse dans les alpages, à la fonte des neiges, parmi les bouses de vaches de l’été précédent. Son nom rigolo vient de deux botanistes : Thomas Gage, un anglais de la vieille école, et Pierre Liotard, un copain du premier botaniste à l’avoir identifiée (Dominique Villars).

Gagée de Liotard – Gagea fragifera – Famille des Liliacées

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La prochaine fois que j’abandonne les miens pour voyager, rappelez-moi de le faire en été. Brrrrouh. J’en ai le froid jusque dans les oreilles. Et puis c’est d’un triste de voyager seule. Je veux dire, TOUJOURS toute seule. Surtout lorsqu’il faut traverser la neige. J’ai longtemps hésité, et puis… je me suis endormie dans un abri rocheux.

– Debout, jeune scouiscouidé, dit un caillou.

– Grrrrmph…?

– La montagne est triste et vraie, marmotte. Elle a besoin de toi.

– Tu es un caillou qui parle ?

– …

– Caillou ? Caillou !

– Je suis la montagne, imbécile !

– Ah… euh, bonjour madame la montagne.

– Je me transforme, marmotte. Chaque jour je deviens un peu plus un vulgaire tas de pierres, d’herbe, de mousse et d’arbres. Fais-moi rêver marmotte.

– Mais je sais pas faire rêver les cailloux, moi.

– Alors trouve.

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Au printemps, les ronds-points des villes se couvrent de tulipes, ceux des montagnes font des feintes : on dirait une tulipe fatiguée, ce n’en est pas une, même si c’est de la même famille. C’est une superbe fritillaire du Dauphiné. Ses pétales sont sombres et, quand on regarde de près, on voit des petits carreaux plus clairs, c’est très chic. La fritillaire est une élégante perchée sur sa tige fine, courbée, sensuelle et mystérieuse. Elle porte un parfum de mystère et de malheurs…

C’est une fleur rare, protégée, mais ce n’est pas ça qui m’a dissuadée de la grignoter : son bulbe est mortel. Ma maman m’avait toujours dit que Ça-gratte, un marmotton-philosophe d’il y a très longtemps, avait bu  une coupe avec de la tisane de fritillaire devant ses élèves, et qu’il était mort sur le champ (le champ de quoi, je ne sais pas).

Un peu plus tard dans l’Histoire, elle a servi de symbole aux Protestants, qui se sont beaucoup mis au vert dans ces montagnes quand ça chauffait pour eux dans la plaine. C’est triste pour elle, mais cette fleur symbolise maintenant la persécution… Une raison de plus pour la laisser tranquille ?

Fritillaire du Dauphiné – Fritillaria tubiformis -Famille des Liliacées

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Voilà quelques jours que j’arpente les sentiers de montagne en me grisant d’une liberté nouvelle. Je vais où je le souhaite, sans contrainte ni jugement, et j’y fais ce que je veux. Du coup, je m’ennuie.

En fait, il n’y a rien de plus ennuyeux que de pouvoir tout faire. La vérité c’est que je n’ai rien à faire, et que je ne sais pas de quoi j’ai réellement envie. Je fais semblant de me passionner pour un caillou, pour une touffe d’herbes rigolote ou de filer discrètement un papillon jaune en le prenant pour un espion de mon plus grand ennemi, Agulin le grand Kahn des aigles de ce monde. Il sait que je m’apprête à déjouer ses plans une fois encore, et que son renaigle ne verra jamais le jour. Comment a-t-il pu convaincre dame Hermeline de se prêter à cette mascarade ? Heureusement, mes congénères peuvent dormir en paix, et ce papillon va découvrir la colère de la marmotte.

Et puis rien. En fait c’est nul comme jeu. Et puis c’est fatiguant parce que ce satané papillon refuse d’être terrorisé par mes rugissements de marmotte de guerre. Le pire, c’est que j’ai faim maintenant, et que je suis trop fatiguée pour chercher à manger. L’herbe est encore rase et moche, c’est pas franchement appétissant. Mais j’ai une botte secrète : le touriste ! Haro sur le saucisson !

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Je me suis beaucoup grattée le menton en étudiant cette fleur : gentiana delphinensis ou gentiana verna ? Toutes les deux forment au printemps un tapis d’un bleu tellement intense qu’on se dit qu’Yves Klein a fait tomber un pot de peinture au milieu de la montagne. Ce sont leurs feuilles qui les différencient : la gentiane printanière (la verna) a les feuilles un peu plus rondes, la gentiane du Dauphiné les a plus étroites et pointues. Après une longue réflexion, j’ai décidé que c’était plutôt la gentiane printanière… En plus, elle a des noms plus jolis en langage marmottéen : étoile céleste, oeil-de-chat….

Gentiane printanière – Gentiana verna – Famille des Gentianacées

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Au commencement, il y a la colline, le rocher ou la crête de son enfance. Puis vient l’ennui, et l’espoir d’un pissenlit plus jaune de l’autre côté, d’une herbe plus verte, et d’un sentier de grande randonnée moins fréquenté. Bien sûr, il y a l’amour des siens que l’on ne veut pas décevoir, et c’est pour eux que l’on renonce. En fait, on est un peu lâche. « Je pourrai toujours partir plus tard, si l’on se fâche. » L’espoir devient rêve, et le rêve se change en routine : on y pense de temps en temps, et cela suffit. On peut, c’est assez.

Et puis vient un sifflement plus affolé qu’un autre, et l’on détale pour fuir le rapace malveillant. Quand on se retourne, à l’entrée d’un trou qui n’est pas le sien, on se retrouve seul. Le soleil est engageant, et c’est un jour où l’herbe doit vraiment être plus verte ailleurs. La confusion du moment endossera cette culpabilité dont je ne veux pas : après tout, ce n’est pas ma faute.

Et le voyage commence…

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Une tache blanche sous un rayon de soleil qui filtre entre les pins, une fleur fragile et tout en grâce. Ici dans la montagne, c’est le tout début du printemps, et les fleurs sont rares quand la neige vient juste de fondre. Celle-ci est blanche, soyeuse, au cœur jaune et poilue des pattes. C’est une pulsatille des Alpes. J’en mâchouillerais bien un morceau, mais il paraît que ça donne des palpitations.

Pulsatille des Alpes – Pulsatilla alpina – Famille des Renonculacées

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