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Archive for juin 2010

Pirate !

J’ai repris ma route en descendant du col de la Rousse. J’avais besoin de marcher un peu pour digérer mes histoires de princesse marmotte. Quand je suis stressée comme ça faut que je marche. Généralement, j’en profite pour discuter avec ma grande sœur imaginaire : cochonne. Ma vraie grande sœur, Mariette, était pas vraiment sympa. Elle passait son temps à me gronder en disant que je ne faisais que des bêtises. Cochonne au moins, elle fait ce que je lui dis. Surtout si je lui dis de faire des bêtises.

Je suis descendu très bas, sans m’en rendre compte. Il faisait encore bon et je suivais un torrent qui tombait en cascades. J’étais obligé de parler très fort avec Cochonne à cause du bruit. Au bout d’un moment, je suis arrivée à un gué, au pied d’une jolie petite cascade. Et c’est là que j’ai rencontré le pirate.

Je dis rencontrer, mais je devrais dire que je me suis fais surprendre comme une débutante, et avec tout le bruit qu’on faisait en gloussant avec Cochonne, il ne pouvait pas nous louper. Il surveillait le gué, sombre et silencieux comme la mort, comme disait Cochonne. Elle n’en loupe jamais une pour me faire peur celle-là…

Comme il ne disait rien, je me suis approchée un peu en le surveillant du coin de l’œil. Le problème c’était de traverser le torrent sans se mouiller les pattes. Bah! Quelle horreur! Se mouiller, c’est vraiment pas agréable. Il a fallu que je construise un petit barrage pour passer à sec. Allez construire un barrage dans un torrent de printemps avec des pattes de quelques centimètres! Surtout que c’est pas Cochonne qui m’aurait aidée.

J’ai fini par atteindre le milieu du torrent lorsque le pirate a parlé. Sa voix faisait trembler le sol, et les cailloux de mon barrage se sont effondrés derrière moi. J’étais sur un caillou au milieu de l’eau avec un pirate fantôme géant devant moi. Ouiiiiiin!

– Qui es-tu ?

– Marmotte ?

Juste Marmotte ?

– Oui…

– Sais-tu qui je suis ?

– Un pirate gentil ?

– Les pirates ne sont pas gentils.

– Alors juste un gentil ?

– Je suis le plus grand de tous les pirates que la montagne ait connus. Es-tu venue me libérer ?

– En fait je me suis perdue. D’ailleurs je vais faire demi-tour, ma maman doit s’inquiéter, hein ?

Le torrent s’est mis à enfler et mon caillou a bien failli être emporté, et moi avec. Je me suis même trempé le bout d’une patte.

– Tu vas écouter mon histoire, je te l’ord… je t’en prie.

– Euh… je présume que j’ai le choix ?

En guise de réponse, mon caillou a chaviré et je me suis rattrapée à un autre à moitié sous l’eau. Cette fois ça y est, c’est le grand bain. Et bien sûr, comme d’habitude, Cochonne a disparu. Quelle froussarde!

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Non loin des bouquets de narcisse, des petites flammes orangées parsèment certaines prairies d’altitude. Ces tulipes australes sont rares, très belles et protégées. Pour de multiples raisons, c’est une espèce menacée : cueillette sauvage, destruction de leur habitat, maladies venues des tulipes horticoles… Cette espèce de tulipe se trouve essentiellement dans les montagnes du sud de la France.

La tulipe australe est d’autant plus précieuse qu’elle est sans doute la seule espèce de tulipes qui soit spontanée en France. En effet, il semblerait que les autres tulipes sauvages soient en réalité des tulipes d’origine orientale, venues en France au gré des voyages humains, peut-être mêlées aux bulbes de safran qui étaient cultivés dans le sud du pays. Certaines se sont même adaptées à la vie sauvage au XVIIe siècle, lors de la grande mode des tulipes en Europe (on parle même de tulipomanie), celle qu’évoque La Bruyère dans le portrait de l’amateur de tulipes…

Revenons à nos tulipes sauvages : espèce endémique, ses fleurs sont assez peu nombreuses puisque cette plante pratique la reproduction végétative : elle se développe à partir des rhizomes (des petites tiges souterraines) qui donnent naissance à un nouveau pied. Ces fleurs sont donc un petit luxe, puisqu’elles ne sont pas nécessaires à la survie de la plante !

La tulipe australe est dorée, mais l’extérieur des pétales est rouge-orangé. C’est ce qui la différencie de la tulipe sauvage (tulipa sylvestris subsp. sylvestris), qui est entièrement jaune. Toutes les deux ont des anthères poilues, ce qui les classe dans le groupe des tulipes Eriostemones. Les anthères, ce sont le bout des étamines, les petits boudins qui produisent le pollen. Apparemment, les autres tulipes s’épilent les anthères. Tulipe australe et tulipe sylvestre sont toutes les deux protégées et menacées.

Tulipe australe – Tulipa sylvestris subsp. australis – Famille des Liliacées

Pour en savoir plus : http://www.tulipessauvages.org/

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Les marmottes coquettes se parfument à l’essence de narcisse : entre avril et juin, près des terriers, ces fleurs poussent en abondance et l’air embaume le printemps. On les ramasse, on s’en fait des colliers et les grands-mères broient les fleurs pour que leurs petites-filles puissent se parfumer le derrière des oreilles. Il paraît même que certaines marmottes un peu sorcières en font des filtres aphrodisiaques les soirs de pleine lune, mais chut…

Il est vrai que cette fleur inspire l’amour, exalte la beauté, à tel point qu’elle peut être dangereuse. Les mêmes grands-mères rappellent aux jeunes écervelées le mythe de Narcisse : un devin nommé Tirésias avait promis au jeune Narcisse une longue vie, à condition qu’il ne voit jamais son propre visage. Narcisse était beau, très courtisé, mais très fier. La déesse de la vengeance le fit boire dans une rivière : Narcisse tomba amoureux de son propre reflet, et resta des jours, des jours entiers à se regarder. Des fleurs blanches poussèrent au lieu de sa mort, au bord de la rivière…

Ces fleurs ressemblent à des étoiles blanches au cœur œil-de-faisan. Ou à des petits ronds jaunes, cerclés de rouge, entourés de six pétales crémeux. Chacune est posée sur une longue tige au pied entouré de 3 à 5 feuilles, forme des petits bouquets, et se balance au vent de printemps dans les prairies d’altitude. Les prairies humides, cela va sans dire…

Narcisse des poètes – Narcissus poeticus subsp. radiiflorus – Famille des Amaryllidacées

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Je volais. J’avais comme deux ailes dans le dos pour me porter, mais je battais des pattes pour avancer. C’est un peu fatiguant, mais quel spectacle !

En dessous, j’entendais les montagnes siffler. C’était les marmottes, bien sûr, mais de là haut on ne les voit pas. J’ai pagayé dans les nuages avec mes pattes pour descendre et j’ai commencé à distinguer des formes. La plupart sifflaient dans les prairies à mon passage et se dressaient sur leurs pattes pour mieux me voir. Et moi, pour les effrayer un peu, j’imitais l’aigle à l’affût. Mais bon, avec des ailes roses sur le dos c’est pas très crédible.

J’ai repris un peu d’altitude en battant des pattes. Mais plus je montais, plus le vent me poussait vers la montagne, et j’ai dû me poser sur un rocher pour ne pas m’écraser. Si vous avez déjà essayé de passer une porte trop étroite avec une robe à crinoline, vous devez avoir une idée de ce que ressent une marmotte-papillon en montagne. De la honte surtout. Mais on peut sautiller en planant, c’est déjà ça.

C’était pas vraiment un coin pour les marmottes, et le son était bizarre. Il était comme amplifié ; plus vrai aussi. J’ai fait quelques tests en jetant des cailloux pour voir le son que ça faisait. Je ne sais pas vraiment quel son ça faisait, mais ça résonnait beaucoup. Du coup je me suis mis sur une grosse pierre plate sous une conque de pierre, et j’ai risqué un sifflement stupide : « Je suis la princesse du monde ! » Et la montagne a répondu.

Le sifflement est parti d’une autre montagne, mais je l’entendais comme s’il était à côté. « Bienvenue. Nous t’attendions princesse ». De plus loin le même sifflement était repris en réponse, puis un autre, puis tout un tas en cascade. C’était comme si les montagnes pouvaient se parler entre elles et avaient décidé de s’adresser à moi. Certaines sifflaient avec l’accent d’ailleurs, et on pouvait les reconnaître. Ça, c’est le Vieux Chaillol.

– Ouvrez le bal, princesse.

Euh… oui, bien sûr… euh… bon, c’est pas le moment de dire une connerie, parce que là ça va pas passer inaperçu. J’ai rien dit. J’ai commencé à siffler une chanson, et les marmottes de toutes les autres montagnes ont repris en cœur. La montagne chantait, et plus bas, dans les pâturages, les autres marmottes se sont mises à danser. Je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que c’était plus classe qu’un caillou qui se prend pour la montagne et vous traite d’imbécile. C’est surtout là que je me suis dit que je ferais mieux de partir en douce pendant que tout le monde avait l’air très occupé.

J’ai réussi à agiter mes ailes roses, j’ai plongé dans le vide et… je suis tombée la tête la première. C’est ma faute aussi, j’aurais dû me douter que les marmottes n’étaient pas vraiment faites pour voler. J’ai roulé dans les pierres, jusqu’à m’écraser sur un gros rocher. Et là, au milieu des pierres, il y avait un terrier… et au fond un œil… et juste au-dessous un museau blanc…

J’ai retrouvé mes esprits, je suis descendue de ma balançoire et j’ai repris mon chemin.

Ce n’est pas une conspiration. Je suis la marmotte du destin.

L'oeil était dans le terrier, et regardait marmotte

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Balançoire

Cette fois, c’est sûr, c’est une conspiration. Les cailloux et les marmottes bizarres se sont ligués pour me rendre folle. Ah, mais c’est que vous m’avez mal vue ! Je ne vais pas me laisser faire, moi.

J’ai remercié Léontine et j’ai rapidement repris la route, direction droit devant. J’ai descendu tranquillement le col en préparant mes réparties : la prochaine touffe d’herbe qui m’adresse la parole elle sera pas déçue du voyage. Devant leur silence entêté, j’en ai pris plusieurs à partie, histoire de leur montrer à qui elles avaient affaire. Ça aurait été dommage de perdre toutes mes belles phrases bien préparées. Elles n’ont même pas osé répondre les pauvres.

Sur le chemin j’ai trouvé un petit coin entre ombre et lumière assez sympa.  J’avais déjà mal aux pattes et il y avait une drôle de branche en forme de fourche. Une parfaite balançoire à marmotte. Je me suis installée confortablement, et j’ai observé le paysage. Le vent poussait gentiment ma balançoire, un vrai régal. L’air était doux, une cascade chantait en contrebas : que rêver de mieux ? Je me serais bien assoupie.

Je suis restée accrochée à mon mélèze quelque temps. La branche montait et descendait tranquillement, puis plus vite et plus fort. C’était comme si je volais, sauf qu’il fallait s’accrocher pour ne pas faire le saut de l’ange quarante mètres plus bas. C’était dangereux  et le vent prenait un malin plaisir à me tourner autour pour me faire chavirer. Et ce qui devait arriver arriva… j’ai lâché prise.

J’ai dû faire un joli vol plané. J’ai tournoyé en sifflant à la mort jusqu’à m’étouffer. Et quand je n’ai plus eu assez de poumon, je me suis calmée un peu,  j’ai arrêté de tourner et j’ai ouvert les yeux : j’avais les alpes à mes pattes et je volais. C’était trop beau pour avoir peur.

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« Du haut de ces pyramides, quarante fleurs vous contemplent ! »

Cette célèbre phrase de Marmoléon rend bien compte des principales caractéristiques de cette variété de bugle : elle est pyramidale, et fait plein de petites fleurs. Il y en a des roses, mais je préfère les bleues, c’est plus chic.

Elle a des feuilles de menthe qui ne sentent pas, des fleurs de thym qui ne sentent pas non plus : la bugle est une plante cousine de la menthe et du thym, mais aussi de la lavande ou la sauge, du romarin, du serpolet, de toutes ces plantes sympathiques dont nos grands-mères marmottes font des tisanes, et que  les marmots toqués d’aujourd’hui transforment en écume ou en gelée servies en minuscules portions. La bugle, en revanche, ne se cuisine pas, comme son nom peu appétissant l’indique.

La bugle a les pattes velues, légèrement carrées ; mais si sa silhouette est trapue et rustique, elle parvient à être élégante grâce à ses couleurs. A la base de la pyramide, les feuilles sont vertes ; mais plus on monte, plus elles deviennent pourpres, dans un joli dégradé. Les fleurs (bleues ou roses donc, si vous avez suivi) sont placées à la jointure des feuilles, comme des coquettes qui se protègent du soleil sous leur ombrelle.

La bugle pousse dans des prairies bien vertes, riches et humides, mais situées en altitude. Eh, c’est une fleur de montagne, pas l’une de ses vulgaires cousines des plaines ! Elle fleurit au milieu du printemps, puis tout l’été, au milieu de la nuée de fleurs des prairies d’altitude.

Les marmottes utilisent les bugles comme instrument de musique, essentiellement pour le jazz. C’est un artisanat délicat et rare : il s’agit de percer la tige de la bugle et de l’entortiller selon une recette complexe et séculaire, tout en conservant les petites fleurs. A charge ensuite au musicien de souffler dedans en posant le bout des pattes sur les fleurs, pour obtenir des sons variés. Ça change des sifflements ! Les humains ont copié cette technique mais ont préféré le cuivre à la plante originale. Pour bien marquer cette différence, ils appellent leur petite trompette un bugle.

Bugle en pyramide – Ajuga pyramidalis – Famille des Lamiacées

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Elle est bien gentille Léontine, et elle fait des pissenlits en feuilles à tomber. Elle ne sait pas où se trouve Grand’Ma, mais elle m’a offert de m’héberger quelque temps pour me reposer. J’aime bien voyager, mais faut reconnaître que c’est agréable de pouvoir dormir dans un vrai terrier aménagé. Elle m’a fait un petit matelas et je l’ai aidé à agrandir un peu la chambre. Ce sera jamais perdu, vu qu’apparemment j’aurai bientôt des petites cousines.

J’en ai profité pour gambader sur les pentes du col au milieu des autres. Il y a largement de quoi manger et on n’est pas trop dérangé par les touristes. C’est presque dommage, je commence à m’habituer aux petits écoliers oubliés au fond des sacs. Enfin, l’herbe est tendre, il fait beau, et il y a un marmot qui me fait de l’œil. J’en viens à me demander pourquoi j’ai voulu partir.

– Et tu crois peut-être que tu trouveras la réponse ici ?

– Mais je n’ai rien dit !

– Ce n’est pas en te goinfrant de pissenlits que tu trouveras Grand’Ma.

Je ne sais pas qui est cette marmotte. On dirait qu’elle est un peu chétive et fatiguée, mais elle a un drôle d’air et des yeux qui vous regardent le dedans. Elle est jolie pourtant avec son drôle de museau et sa tache blanche.

– Elle voyage tu sais, et il faudra la suivre pour la trouver. Une marmotte aussi paresseuse que toi a peu de chance d’y arriver.

– Maiheu ! C’est pas vrai ! J’ai déjà beaucoup marché.

– Il ne suffit pas de marcher. Il faut regarder et dire.

À moitié cachée en contrebas dans son terrier, elle me domine impitoyablement. Mais pour qui elle se prend l’autre ? Le pire c’est que j’ai tellement peur que j’ai l’air d’être la dernière des idiotes avec mes pattes ballantes.

– Grand’Ma emprunte chaque année le chemin des merveilles. Suis la. Tu y rencontreras des monstres et des amis, tu apprendras à siffler, à chanter ; tu croiseras le bal des marmottes si tu as de la chance et, qui sais, peut-être deviendras-tu une princesse marmotte. Et lorsque tu finiras par rencontrer Grand’Ma, tu lui raconteras tout ça.

– Euh… et… euh…

– Sous tes pattes.

– Hein ?

– Tu voulais me demander où se trouve ce chemin n’est-ce-pas ? Vas-t-en maintenant. Tu me fatigues. L’important c’est de marcher.

Elle m’a coupé l’appétit. Je suis revenue toute penaude chez Léontine et je lui ai raconté ce que m’avait dit l’autre marmotte. Pourquoi c’est toujours à moi que ça arrive des trucs pareils ? On dirait qu’ils font tous exprès de me raconter des trucs sans queue ni tête. « Tu apprendras à siffler ». Pffff, comme si je savais pas. De quoi je me mêle ?

– Cousine ?

– Oui Léontine ?

– Il n’y a pas de marmotte au blanc museau dans la colonie.

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