Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for juillet 2010

Les prairies d’altitude, l’été, sont un parterre de fleurs. Je les traverse sans rien y voir, le museau empli de parfums incroyables, précédée de nuages de papillons bruns ou bleus.

Une fleur se distingue nettement par sa hauteur et son élégance : c’est le lis martagon. Sa longue tige mince peut atteindre 1m50 ! Autour d’elle sont groupées de belles feuilles, longues et à la texture épaisse. Tout en haut, de gros bourgeons violets se préparent, le long de la hampe florale. Ils donnent, en juin et juillet, de trois à dix fleurs majestueuses.

Celles-ci regardent le sol et les marmottes lorsqu’elles sont ouvertes. Elles sont grandes, roses à pois violets, composées de six pétales qui s’enroulent sur eux-mêmes à maturité, et de six étamines d’un beau brun-orangé (assorti à mes oreilles). Attention, le pollen tache les moustaches ! De toutes façons, ça ne sert à rien d’approcher son nez, le lis martagon est parfait sauf… qu’il sent mauvais.

Bas les pattes, ne ramassez pas ces fleurs de lis, la cueillette en est règlementée !

Quand les fleurs se redressent et regardent vers le ciel, c’est qu’elles sont en train de pondre : elles préparent un fruit, une sorte de longue capsule. Ce fruit s’ouvrira par trois déchirures longitudinales pour laisser tomber ses graines.

Si cette longue tige résiste si bien, c’est qu’elle est solidement ancrée dans le sol : le bulbe du lis martagon s’enfonce un peu plus dans le sol chaque année, au fur et à mesure qu’il prend du poids (un peu comme les marmottes). Les rongeurs comme les humains peuvent se nourrir de ce bulbe. On raconte qu’un peuple d’Asie, les  rusés Itelmes, attendent que les souris aient stocké plusieurs bulbes, repèrent leur cachette et n’ont plus qu’à les récupérer ! En échange, ils ont coutume de laisser la même proportion de graines comestibles aux souris… Mmmh, ça me donne des idées….

Lis martagon – Lilium martagon – Famille des Liliacées

Read Full Post »

Pirate 2

– J’ai écumé les pelouses alpines pendant des années, emportant baies, toisons et fourrures, et ne laissant que les cadavres sans vie de mes ennemis dans mon sillage. Et j’ai eu de nombreux ennemis. Plus ou moins tous ceux que je croisais à vrai dire. Les corbeaux eux-mêmes, pourtant bien gras après mon passage, gardaient une distance respectueuse. De temps en temps, il y avait bien quelques êtres humains qui se croyaient meilleurs chasseurs que moi, ou de taille à m’affronter.  Je me suis toujours fait un plaisir de leur montrer leur erreur, et accessoirement leurs intestins. Mais rien ne valait la marmotte; elles ont toujours été mon péché mignon, généralement farcies aux myrtilles. Je me mettais en embuscade près du terrain de cueillette d’une famille, et je n’avais plus qu’à allonger mes grosses pattes pour les embrocher : une sur chaque griffe. J’étais vraiment très doué. Heureuse époque…

– Vous seriez pas l’abominable Croque-marmotte par hasard ?

– C’est ainsi que vous autres m’appeliez.

J’étais toujours accrochée à mon rocher dans la rivière, et j’avais soudain des frissons partout dans le ventre. C’était sans doute la température de l’eau, hein ? Maman avait l’habitude de dire que si je ne finissais pas mon assiette de pissenlits, elle me donnerait à manger à l’abominable Croque-marmotte. Ma sœur essayait de me faire peur avec cette histoire, et plus tard j’ai terrorisé mes petites voisines en leur racontant qu’elles avaient mangé les myrtilles de son jardin et qu’il les cherchait pour les manger à son tour.

L’abominable Croque-marmotte était un ours géant capable de dévorer des dizaines de marmottes d’un seul coup de patte. Je ne suis pas sûr d’avoir jamais cru à cette histoire, mais depuis ce jour je n’ai plus jamais essayé de faire peur à qui que ce soit. Il y a des choses qu’il vaut mieux laisser dormir en paix. Les marmottes pour commencer…

– Et puis un jour, Marmotte s’est plantée devant moi.

– La grande marmotte ?

– Non, Marmotte. Juste Marmotte. Comme toi. Elle s’est assise devant moi, alors que je réfléchissais à comment l’accommoder, et a commencé à me parler sans trembler. C’était la première fois que mon repas m’adressait la parole pour proférer autre chose que des hurlements de terreur.

« Tu crois être fort, gros ours, mais tu n’as que la force de tes pattes et du vide entre les oreilles.

– Tu te crois plus forte que moi ?

– Je ne crois rien. Je suis plus forte que toi, et je peux te le prouver.

– C’est à mon estomac qu’il faudra le prouver, parce que je ne discute pas avec la nourriture. C’est un principe.

– Cela ne m’étonne pas de la part d’un imbécile aussi crasseux que toi.

C’était la première fois qu’on osait m’insulter. Je lui ai sauté dessus, mais Marmotte s’est échappée. Je lui courrais après, et elle m’échappait toujours, comme par magie. Elle m’a attiré jusqu’ici, dans son piège. Alors qu’elle semblait danser sur les pierres, je me suis jeté une dernière fois sur elle, et le sol a cédé sous mon poids. La parois s’est effondrée sur moi, me laissant prisonnier sous les pierres avec seulement ma tête dépassant des rochers.

– Je t’avais prévenu, gros ours. Et maintenant que tu es pris, voici la punition que tu mérites. Tes chairs vont disparaître, mais pas toi. Tu resteras ici jusqu’à ce que Marmotte vienne te donner le baiser de paix et te libérer. D’ici là, tu en profiteras pour remplir le vide entre tes deux oreilles en regardant enfin ce qui se passe autour de toi. Adieu gros ours. »

– J’attends depuis des siècles, et te voilà enfin. Donne-moi le baiser de paix qu’on en finisse.

– Je ne sais pas si c’est une bonne idée. J’ai attrapé un rhume et je ne voudrais…

– Suffit ! Donne-moi le baiser de paix ou je te noie, comme les autres.

J’avais tellement peur et mal au bout des pattes, que je n’ai pas su répondre tout de suite. À ce moment là, la pierre sur laquelle j’étais s’est mise à glisser, et c’est vraiment une chance qu’une autre pierre, elle aussi emportée par le courant, se soit arrêtée juste à côté de moi pour me rattraper.

– D’accord. Je fais la paix monsieur le Croque-marmotte. Mais vous ne me mangerez pas, hein?

La rivière s’est calmée et j’ai pu sortir. Je me suis approchée toute tremblante – mais de froid, hein, pas de peur – du crâne, et je l’ai embrassé. Je me suis aussitôt mise à courir – courir, hein, pas fuir – aussi vite que possible. C’est un peu plus tard que cochonne a refait son apparition.

– On dirait que ça ne marche pas très bien le coup du baiser de paix, marmotte. Tu l’as peut-être mal fait.

– Je ne sais. Tu crois que ça se périme une prophétie ?

Read Full Post »