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Archive for septembre 2010

J’ai faim !

Ben voilà. Encore toute seule au milieu de rien. Les cailloux et les marmottons se moquent de moi ? Nananère. J’men fiche de toute façon. Ils croient peut-être que je suis une petite râleuse vaine et idiote. Et bien ils m’ont confondue avec ma sœur Mariette. Parce qu’en fait, c’est moi qui les ai tous roulés dans la myrtille… et c’est le cas de le dire.

Parce que j’ai peut-être pas l’air très maline ni très douée pour les énigmes, mais j’ai le sens des priorités. Et la priorité, surtout à la fin de l’été, c’est MANGER ! Et s’il y a bien un terrain où je suis imbattable, c’est le rapt de nourriture. Bon, là je n’ai pas de touriste à portée de patte. Mais vous croyez vraiment que je suis venue m’enterrer dans le Valgaudemar pour m’entendre dire qu’un vieil ours grincheux jouait de la flute à des tromignons il y a des lustres ? Vous me connaissez mal.

C’est que le Valgaudemar, c’est farci de tout ce que la montagne fait de meilleur, à commencer par les myrtilles. Oh, ben ça alors, il y en a plein partout ! C’est vraiment le hasard, hein ? Et ben non. Je suis venue exprès pour me goinfrer avant l’automne, et autant vous dire que je ne vais pas faire dans la dentelle. Schgrumph.

Ce que je préfère dans la myrtille, c’est la couleur. Ça peut paraître gênant, mais c’est très pratique. Le pillage, c’est une vocation, je vous dis. Petite, quand je vidais les réserves que maman cachait dans le terrier, je passais des heures à m’essuyer les pattes pour ne pas qu’elle remarque que je m’en étais mis partout. Mais le violet ça colle aux poils et c’est impossible à enlever. Du coup, j’ai pris l’habitude d’en garder une petite poignée que j’écrasais sur Mariette sans qu’elle le voit. Je me laissais prendre, et je disais que c’était Mariette qui m’avait données des myrtilles, mais que je savais pas où elle les avait trouvées, et que j’étais gentille et que j’aurais pas osé faire une chose pareille parce que je suis la cadette, etc. Un petit regard mouillé, et le tour était joué. Héhéhé. Des heures de satisfaction sadique… suivies d’un peu de course à pattes pour éviter de me faire attraper par ma grande sœur chérie.

Il y a la framboise aussi. C’est plus discret, et puis c’est surtout moins long à cueillir. Il y en a moins que de myrtilles, et d’ordinaire il faut se battre un peu pour avoir les meilleures. Mais quand la marmotte non avertie se remue les fesses pour chiper les framboises à sa voisine, moi je me contente d’attendre et de regarder.

C’est que j’ai mes petits secrets de voleuse hors pair. Je me cache dans un fourré, à côté des framboisiers que je convoite, je siffle au renard, et je remue pour faire croire qu’il est tout près. Une fois que tous mes camarades sont partis se cacher, je me goinfre en rigolant. Je vous avais dit que j’étais la marmotte la plus rusée de tous les temps. En tout cas pour ce qui est de manger.

Seuls soucis : les touristes et les renards. Les touristes c’est le pire, vu qu’ils mangent tout ce qu’ils trouvent et qu’ils ne nous en laissent jamais. Mais parce qu’il n’est pas dit qu’un touriste sera plus malin qu’une marmotte affamée, j’ai trouvé la parade. Avec quelques copines marmottes, on a fait courir le bruit que des renards malades faisaient pipi sur les myrtilles et les framboises, et qu’on tombait malade du foie si on en mangeait. Bingo ! C’est peureux le touriste, et aussitôt après il a arrêté de bâfrer toutes nos myrtilles. Héhé ! La classe, hein ? Le hic, c’est que c’est idiots de renards malades font vraiment pipi sur les myrtilles… le monde est parfois trop injuste.

En tout cas, pour aujourd’hui, j’ai ce qu’il faut pour me réconforter. Au menu, groseilles. Grrrouah ! C’est l’attaque de la groseille sauvage… avec moi dans le rôle de la sauvage, et la groseille dans le rôle de la victime.

– Tu m’en laisseras bien un peu ?

– Et puis quoi encore ? Quand j’ai besoin de toi contre les pirates, y’a plus personne, et il faudrait que je partage mes groseilles? Tu pousses un peu loin Cochonne.

– Je suis ton amie imaginaire, et je suis comme tu m’as faite… un peu comme toi : peureuse mais prête à tout pour un bout de saucisson ou de myrtille.

– Hmmm… ouais… j’ai pas vraiment besoin que tu me fasses la morale à moi-même.

– Je peux aussi m’en aller et te laisser discuter avec tes amis les cailloux… ou rester à manger des groseilles en se moquant des marmottons.

– … C’est bon, t’as gagné. De toute façon, je ne pourrai pas tout manger toute seule.

L’embêtant avec moi, c’est que je me connais trop bien.

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Gaudemar

Hmm… c’est un peu humide ici, et puis c’est froid. J’ai les poils tout bouclés au bout de la queue, c’est ridicule. Je suis toute mouillée en plus, et la marmotte mouillée ça ne sent pas très bon. Et puis ça glisse et je n’arriverai jamais à sécher dans un endroit pareil. Et puis… et puis… oh, et puis zut ! Quand je suis mouillée j’ai juste envie de râler et puis c’est tout. Quand je suis fatiguée aussi, mais c’est une autre histoire.

Bon, ça fait comme une espèce de grotte derrière la cascade. Il y a le caillou par terre au milieu. J’y donne un coup de patte en passant, l’air de pas fait exprès. Il n’avait pas qu’à me faire ce coup là aussi, et ça lui apprendra qu’on ne se moque pas impunément de marmotte. C’est que j’en ai dressé des plus coriaces que ce caillou, moi. J’ai vaincu des pirates.

Je me dandine un peu, pour ne pas montrer que je me suis fait mal à la patte. Le couloir est un peu étroit et je dois ramper par endroit. Pfff, c’est mouillé et c’est sale ! Mais pourquoi je fais ça ? Et puis j’arrive jusqu’à une salle un peu plus grande avec un trou au bout et de la lumière qui en arrive.

Il y a des dessins sur les murs. C’est mal fait et un peu vieux ; on dirait des gribouillis de petites marmottes malhabiles. Il y a un dessin de marmotte toute grosse en train de chasser des myrtilles avec une petite pique. C’est rigolo. Et là bas, un dessin de marmottes qui courent et un aigle géant. Au plafond il y a un grand dessin de marmottes très grasses en train de danser autour d’une grosse bête toute poilue avec de très grosses pattes et un museau rigolo. Ma maman m’avait parlé de ça. C’est des dessins de marmottes de Tromignon, des marmottes qui vivaient il y a très très longtemps.

Mais il fait décidément trop froid, et je me dis que ça serait mieux d’aller me chauffer au soleil. Je reviendrai après. Sauf que dehors, ça ne ressemble pas du tout à là où j’étais. C’est tout vert et il n’y a pas de cascade. Il y a un marmotton qui joue un peu plus loin. Je suis devant une sorte de grande entrée construite en pierre.

– Tu aurais pu faire un effort et rester un peu plus longtemps.

Si je me retourne tout de suite, je vais encore avoir l’air d’une cruche.

– Euh… il fait froid et je suis toute mouillée.

– Tu as toujours une bonne excuse, n’est-ce-pas ? Tu crois peut-être que c’est donné à tout le monde de voir la Grandanse ?

Tant pis. Je me retourne et… j’aurais dû m’en douter. Je n’ai pas dû frapper assez fort. Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour une bonne petite pioche…

– Ben je sais pas moi. Oui.

– Non.

– Ah. [silence gêné] Ben, je peux y retourner s’il faut.

– Inutile, le charme est rompu, il n’y a plus rien.

Je commence à comprendre le sens de l’expression « cœur de pierre ». Il n’est pas très sympathique aujourd’hui le caillou, et je sens qu’il va m’en faire une montagne.

– Et… je suis où exactement ?

– Sur la route des six cabanes, près de Saint-Maurice.

– Ah ben non alors ! Je ne me suis pas fait tout le chemin jusqu’au fond du fond du Valgau pour qu’un vieux caillou grincheux me ramène ici. Allez, hop, demi-tour. Et puis toi, fous-moi la paix.

Je retourne dans la grotte. J’en ressors quelques secondes plus tard avec juste ce qu’il faut de haine et de honte. Le traître a demandé à ses petits copains cailloux de boucher le passage de retour.

– Tu m’as bien eu, n’est-ce-pas ? Et tu te crois malin en plus ?

– Il faut que tu t’intéresses un peu plus à ce que tu vois au lieu de râler tout le temps.

– Moi ? Je ne râle jamais d’abord. C’est juste parce que je suis mouillé là, ça compte pas.

– Sais-tu ce que tu as vu ?

– Une grosse bête avec des poils et des marmottes hystériques qui se trémoussent autour ?

– C’est un ours, imbécile.

– Pfff. N’importe quoi. Un ours, c’est une grosse bête poi… Ouais. Un ours quoi. Mais y’en a plus des vrais ici… hein ?

– C’est le premier ours du bal. Gaudemar le musicien.

– Ah Ah ! Je savais bien que je le trouverai !

– Oui oui, tu es très forte marmotte.

– Je sais. Bon, c’est quoi ce bal à la fin ?

– Je présume qu’il est temps que tu saches. Alors écou…

Et c’est ce moment là, bien évidemment, que le marmotton de tout à l’heure choisit pour montrer toute l’ampleur de sa bêtise. Qu’est-ce qu’il faut être puéril pour jouer avec des cailloux, non mais franchement ! En plus c’est même pas rigolo un caillou. Bon, si en fait, surtout un qui parle. On peut passer des heures à lui courir après en lui faisant dévaler la pente. Mais de mon temps au moins, on piquait pas les cailloux des autres ! Et voilà, mon caillou-montagne a encore disparu en me plantant là.

Je déteste les marmottons.

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Dans les lacs de montagne se reflètent deux sortes de nuages : ceux du ciel, et ceux du bord de l’eau. Les nuages du ciel, à priori, vous connaissez, mais ceux du bord de l’eau, s’ils sont tout aussi jolis, sont plus rares : ce sont des nuages de linaigrettes.

On trouve plusieurs sortes de linaigrettes : à feuilles étroites, à larges feuilles, linaigrette des Alpes, de Scheuchzer, linaigrette engainante. Mais elles appartiennent toutes à la famille des cypéracées, comme leur cousin le papyrus.

Linaigrette à feuilles étroites

Les linaigrettes sont appelées traditionnellement le « jonc à coton », mais les marmottes préfèrent le nom de « tige à mouton », qui rappelle le nom savant des linaigrettes. Car Eriophorum vient de Erion (la laine) et Pherô (je porte), et qu’il faut bien convenir que les étendues de linaigrettes évoquent un troupeau de mini-moutons assoiffés !

Mes préférées sont aussi les plus fréquentes : les linaigrette à feuilles étroites, et la linaigrette de Scheuchzer.

La linaigrette à feuilles étroites, ou Eriophorum angustifolium, a une tige unique entourées de feuilles étroites qui sont munies d’un sillon central. Tout en haut, elles déploient 3 à 6 pompons, plus ou moins retombants, qui donnent à la plante son air d’élégante un peu fatiguée. Cette linaigrette-là se trouve plutôt dans les marécage de haute altitude que près des lacs : il faut un peu se mouiller les pattes pour les approcher, mais ça en vaut vraiment la peine.

Ensuite, il y a la linaigrette de Scheuchzer. D’où vient ce nom barbare ? Eh bien, l’Eriophorum Scheuchzeri a été décrite par David Heinrich Hoppe, un médecin, pharmacien et botaniste allemand de la première moitié du XIXe siècle, spécialisé dans la flore alpine. Oui mais Scheuchzer, me direz-vous ? J’y viens, j’y viens. Au moment de donner un nom à cette linaigrette, il a décidé de rendre hommage à un autre spécialiste de l’altitude : Johann Jakob Scheuchzer (1672-1733). Allez, comme vous avez été sages, je vous mets le portrait de ce naturaliste suisse. J’essaie de me confectionner la même perruque en linaigrette, mais c’est ardu. Scheuchzer n’était pas seulement botaniste, il s’est aussi intéressé à la météo, aux cailloux, aux légendes… Bref, un monsieur très sympathique. Je ne vous montre pas le portrait de Hoppe, il est beaucoup moins rigolo.

Revenons à nos linaigrettes.

Linaigrette de Scheuchzer

La linaigrette de Scheuchzer, malgré son nom barbare et chuintant, est une source de jeux inépuisable : on peut se déguiser en Saint-Nicolamarmotte, chatouiller sa voisine, jouer à cache-cache… Les grands-marmottes, pour préparer l’hiver, les récoltent pour remplir nos édredons, comme les Lapons. Des boules de neige qui tiennent chaud, que demander de plus ? La linaigrette de Scheuchzer ne possède, en haut de sa tige ronde, qu’un seul pompon, mais quel pompon !

Toutes les linaigrettes se reproduisent de la même manière. Elles ont des stolons, ces sortes de racines à partir desquels se développent d’autres linaigrettes. Et puis elles jouent avec le vent, à la fois pour être fécondées (le vent disperse le pollen : c’est l’anémophilie) et pour semer les graines de leurs pompons (c’est l’anémochorie, souvenez-vous j’en ai parlé à propos des épilobes).

Pour résumer : linaigrette à feuilles étroites, plusieurs feuilles et plusieurs pompons. Linaigrette de Scheuchzer, un seul pompon pour compenser un nom compliqué.

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Si je dois découvrir découvrir qui est Gaudemar, il faut que je m’aventure au plus profond de sa vallée. Un secret comme ça ne peut qu’être caché tout au fond du plus profond des gouffres de la montagne. C’est toujours comme ça dans les histoires. L’intrépide marmotton doit vaincre milles épreuves – se réveiller, terrasser l’aigle grâce à sa ruse, contourner prudemment l’ours sans se faire voir, ne pas se rendormir – avant de trouver le terrier de la princesse, d’y affronter le renard, pour enfin voler au secours de la belle, endormie dans la chambre la plus profonde du terrier et la réveiller à l’aide d’une myrtille magique.

Ouf ! Ben je serai jamais un prince marmotton. Et puis c’est pas des manières de réveiller une pauvre marmotte comme ça. Moi j’aimerais pas qu’on vienne faire tout ce raffut chez moi exprès pour me réveiller. Même avec une myrtille magique.

En tout cas, la morale de cette histoire – à part que les marmottons sont des idiots qui feraient mieux de laisser dormir les honnêtes marmottes qui ne demandent rien à personne – c’est que les trésors sont toujours cachés dans les replis les plus secrets de la montagne. Et accessoirement, qu’il est toujours difficile de dormir en paix. Donc, direction le Gioberney.

C’est le lieu idéal pour vivre des aventures terrifiantes et rencontrer le fameux Gaudemar, perdu au fond du fond de la vallée. Et puis c’est un lieu mythique pour les marmottes. On dit que les gardiennes du grand sommeil vivent ici, et qu’elles ont découvert l’élixir du sommeil éternel et la pierre scatosophale, qui transforme les crottes en myrtilles. C’est possible. Après tout, le nom du lieu lui-même sent bon le sommeil, et s’il y a bien un lieu où l’on peut hiberner neuf mois par an, c’est bien là.  Le problème, c’est que si je les rencontre, elles dormiront et elles ne pourront pas m’apprendre leurs secrets.

La bonne surprise, c’est que c’est surtout plein de touristes. Du coup, je ne risque pas de mourir de faim. De boulimie à la rigueur, ou d’overdose de madeleines. Et puis, en cette saison, les buissons sont pleins de framboises et de myrtilles. Enfin, là où les touristes en laissent un peu… C’est une arme à double tranchant, le touriste.

Quand on arrive au refuge, il y a une magnifique cascade : le voile de la mariée.  Il paraît que c’est parce que c’est  brillant, long et blanc et que ça ondule tout le temps. Mais bon, ça n’a rien d’exceptionnel ; l’hiver toute la montagne fait ça et personne ne  le fête pour autant. Mais en tout cas, c’est pratique. Les touristes passent des heures à la regarder pendant qu’on pille leurs sacs.

Et c’est là que je suis très forte. Grâce à mon expérience de marmotte voyageuse, je vois plus loin que les autres. Je ne me contente pas d’un vulgaire pillage en règle des petits écoliers du randonneur imprudent… bon, je le fais, mais c’est vraiment par respect pour la tradition, hein. Je sais que les cascades sont des endroits magiques et dangereux qui s’ouvrent sur un autre monde…

La vérité, c’est que depuis que j’ai croisé le pirate je me méfie des cascades et puis c’est tout. Enfin, là, pas de pirates à l’horizon, à part moi bien sûr. Héhé. C’est en montant un peu plus haut que je suis arrivée devant le voile de la marmotte. C’est une cascade aussi, mais plus petite et gardée par des marmottes qui gambadent dans le pâturage. En même temps, c’est complètement idiot de faire garder un lieu par des marmottes. Ça passe son temps à dormir, à jouer, à s’empiffrer, et c’est tellement gras à la fin de l’été, que ça n’empêcherait même pas un caillou de rouler sous la cascade. Bref, c’est un véritable moulin cette cascade.

Vous allez dire que je suis géniale, parce que c’est en fixant la cascade que j’ai eu une idée extraordinaire. N’importe quelle marmotte se serait contentée de regarder en trouvant ça joli avant de retourner gambader. Moi, j’ai décidé de glisser sur un caillou en m’approchant. Le caillou est tombé, et il a glissé jusque derrière la cascade. Ça pique, mais… Ah ah ! Je t’ai percé à jour Gaudemar ! C’est là que tu te caches, derrière le voile de la marmotte. C’est rusé. Le bougre sait qu’aucune marmotte ne risquerait de se faire doucher pour aller voir ce qu’il y a derrière. Mais je ne suis pas n’importe quelle marmotte. Je suis… LA marmotte.

Brrrrrr ! C’est mouillé ! Pourquoi j’ai fais ça ? C’est noir et j’ai froid.

– Arrête de te plaindre, Marmotte. Au moins tu es propre, et cela ne t’arrive pas si souvent.

C’est une voix beaucoup trop grave pour être une marmotte, et je crois qu’il serait temps de trouver une très très bonne excuse si je ne veux pas me faire manger.

– Euh… c’est… pour le recensement de l’union des marmottes…

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