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Archive for novembre 2010

Le cynorhodon, c’est pour faire chic, en vrai, toutes les marmottes disent « gratte-cul ». Ça leur donne l’occasion de ricaner bêtement à chaque fois, scouihihihiii.

Le gratte-cul est le fruit de l’églantier, ces buissons plein de piquants et de fleurs délicates. On en trouve partout, depuis en bas dans la plaine jusqu’aux versants abrités de la montagne.

Les marmottes attendent avec impatience le mois d’octobre, que ces fichues fleurs disparaissent et se transforment en petits fruits rouges, dodus, scellés par un bout noir un peu poilu. Mais là, par la moustache de la Grande Marmotte, il faut encore attendre ! Oui, c’est comme pour les nèfles, il faut attendre qu’il gèle… Heureusement, en montagne, l’été ne dure jamais trop longtemps. Et là…

Haro sur les gratte-culs ! (pffuuhihihiii) Alors, ce petit fruit à l’air innocent se révèle doublement merveilleux. D’abord, sa chair est acidulée, fondante, même s’il n’y a pas grand chose à manger et qu’on s’en met plein les pattes (et pi ça colle). Et puis en plus, au milieu, on trouve de quoi se battre avec les copines ! Oui, le cynorhodon, c’est du poil à gratter !

Les jeunes marmottons, qu’on a pris grand soin de ne pas prévenir, s’étranglent avec leur tout premier cynorhodon. A la grande joie des autres, qui s’étouffent de rire en les regardant s’étouffer tout court. Et puis, dès que tout le monde a repris son souffle, la grande bataille commence : du poil à gratter sous les pattes, du poil à gratter dans les poils, du poil à gratter dans les oreilles, et plein de gratte-cul ailleurs !

Les grands-mères marmottes regardent tout leur petit monde se battre, en souriant dans leurs moustaches. Il restera bien assez de fruits, dans la montagne, pour faire des confitures pour l’hiver, de la poudre séchée pour les tisanes, des crèmes desserts, et même un peu de bière d’églantiers…

Dans le temps, on en faisait même un sirop pour les marmottes enragées : cynorhodon, ça vient bien du grec kunorhodon, qui signifie « rose de chien ». Tiens, d’ailleurs, l’églantier se dit Rosa canina en latin… (oui, je suis une marmotte lettrée moi) C’est sensé guérir la rage, mais je préfère ne pas avoir à tester… Hmmm, je devrais peut-être en mettre de côté pour le prochain renard qui me tourne autour.

Eglantier – Rosa canina – Famille des Rosacées

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Je crois que j’ai trop mangé. J’ai mangé tout ce que j’ai trouvé, et quand j’ai eu fini de dépouiller la moitié du Valgaudemar de ses myrtilles… je me suis endormie dans un terrier abandonné. Quand je dis trop, en fait, c’est pas vraiment trop. Il n’est pas né celui qui me verra rassasiée. Et puis c’est de myrtilles qu’on parle là, et faudrait pas sous-estimer ma capacité à me goinfrer.

Trop, ça veut dire… ben, je ne sais pas vraiment, c’est difficile à comprendre. C’est juste un sentiment… je me suis laissée aller. Je me suis réveillée parce que j’avais un caillou qui me grattait le dos et une grosse envie de pipi. Mais j’aurais pu aussi bien dormir pendant des mois, et d’ailleurs j’ai bien failli me rendormir aussitôt. Heureusement, j’avais surtout envie de me débarrasser de ce maudit caillou, des fois qu’il m’empêche encore de dormir. Je commence à être un peu paranoïaque avec les cailloux, je crois.

Sauf que dehors… le terrier était sous la neige ! J’ai dormi pas mal de temps, sans m’en rendre compte. Enfin je veux dire, encore moins que d’habitude. C’est vrai que je suis une championne quand il s’agit de dormir – un peu comme pour les myrtilles – sauf que là, ça m’a vraiment fait peur. Alors c’est ça la vie d’une vraie marmotte ? Manger, dormir… beaucoup des deux.

Bon, dit comme ça, ça paraît pas si mal en fait. C’est juste que ça ne laisse pas beaucoup de place pour réfléchir ou faire des choses intelligentes. Et je crois que c’est ça qui m’est arrivé. J’ai fait comme toutes les marmottes. J’ai beaucoup mangé, et mon instinct de routine a pris le dessus. Comme toutes les marmottes qui ont bien mangé, j’ai commencé à hiberner. Je suis redevenue une marmotte grise. Finis les voyages, finies les histoires. Bienvenue dans la vraie vie, celle dont personne ne se souvient.

Sauf que moi, mon destin à moi, c’est d’être Princesse Marmotte. Et c’est pas au fond de ce trou que je vais trouver une couronne.

– On ne peut pas dire que tu sois un génie du genre, mais tu progresses Marmotte.

Ah. Je savais bien que j’avais oublié de faire quelque chose d’important.

– Et que vas-tu faire ?

Trouver une cimenterie, pour commencer. Mais je n’ose pas le dire. Je suis quand même au milieu de quelques millions de tonnes de cailloux. C’est pas très futé de les vexer, là tout de suite.

– Des histoires.

– Mouais… T’es peut-être un peu plus maline que je ne le pensais, finalement.

– Je vais raconter des histoires ; des histoires dont on se souviendra, et qui feront rêver un peu toutes ces marmottes grises. Puisque j’ai appris à voyager, je vais faire le tour de mes montagnes et apprendre leurs histoires. Même la tienne… elle sera moins bonne que les autres, voilà tout.

Et toc !

– Voilà une bonne nouvelle. Et si tu commençais par la mienne ?

Ce n’est pas la voix du caillou cette fois-ci. Derrière moi, dans le terrier, une marmotte me regarde. Elle a une tache blanche sur le museau.

-Euh… d’accord… Grand’Ma ?

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