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Archive for décembre 2010

Qu’est-ce qu’une montagne ? Un énorme tas de cailloux ? Pfff ! Vous y connaissez vraiment rien. Mais c’est normal, vous n’êtes pas une princesse, vous. Héhé. Vous devriez l’écouter un peu la prochaine fois, au lieu de lui marcher dessus. Enfin, vous pouvez marcher dessus… ou dedans si vous êtes une marmotte, Mais franchement, c’est un peu gâcher. C’est vivant une montagne… et mourant.

C’est un peu comme une vieille dame. Une vieille dame ce n’est ni un tas de chairs ni l’addition de tout ce qui la compose. C’est un corps, ses gestes et ses souvenirs… et puis plein d’autres trucs que je connais pas encore parce que je suis trop jeune, paraît-il. La montagne, c’est pareil. Elle est à la fois les cailloux et les marmottes qui s’y cachent. Et ce n’est que quand elle meurt qu’elle devient un tas de chairs, ou un tas de cailloux.

C‘est vrai qu’une vieille dame c’est fripé, ça a du mal à vous entendre et ça surveille ses visiteurs avec des petits yeux malicieux et… mauvais, juste pour avertir qu’on a pas intérêt à lui voler des myrtilles au passage. C’est sournois quand on y pense, et ça vous prend toujours pour un jeunot. Bon, c’est sûr que par comparaison… mais bon, c’est pas une raison. En tout cas pas une vraie raison.

Mais la vieille dame n’est pas méchante. Elle est trop vieille pour être méchante. Il n’y a pas de haine dans une montagne, ni d’amour. Elle joue avec vous et essaye juste de vérifier que vous faites partie d’elle. Elle vous teste quoi, avec ses grosses pattes maladroites. C’est ce que dit Grand’Ma.

– Sais-tu quand meurt la vieille dame Marmotte ?

– Quand elle arrête de respirer ?

– Quand on arrête de l’écouter, ou de l’entendre. Même si elle vit encore, elle n’est déjà plus qu’un tas de chairs.

– Ah… euh… faut écouter les vieilles dames alors… Grand’Ma ?

– Je ne te le fais pas dire. Et si tu crois que je ne comprends pas tes insinuations, tu te trompes ma petite. Tu te crois peut-être maline, mais c’est pas une jeunesse dans ton genre qui va m’impressionner.

Ben voilà, qu’est-ce que je disais ?

– Et comment on fait pour écouter une vieille montagne ?

– Il faut la connaître. Mieux, Marmotte. Elle n’arrive plus à parler aux petites créatures que nous sommes. Il faut parler à sa place pour qu’on continue à l’entendre. Sinon elle ne sera plus qu’un tas de cailloux.

Un petit coup d’œil à droite me dit que le caillou est encore là.

– Et du coup, il y aurait plus de cailloux qui parlent ?

– Du coup, il n’y aurait plus de marmottes qui parlent non plus.

Quand je vous disais qu’elles sont sournoises les vieilles dames. Celle-là c’est une championne. On dirait qu’elle devine toujours ce que je pense. C’est agaçant à la fin. Je fais pourtant vachement attention à pas le penser trop fort.

– C’est pour ça que je t’ai choisie Marmotte. Tu sais voyager, je le sais maintenant. Bientôt, je te mènerai au bal et tu seras une princesse, comme moi dans mon jeune temps. Puis tu deviendras la Grand’Ma des marmottes.

– Euh… c’est obligé d’être Grand’Ma ? Parce qu’en fait moi…

– Oui. C’est obligé. Ça s’appelle vieillir.

– Ah… mais c’est pas pressé, hein ?

– Non. Tu vas d’abord devoir apprendre à connaître la montagne. Tu deviendras cette marmotte un peu mythique et partout à la fois que je suis. On te confondras avec moi, et tu deviendras La Grand’Ma, celle qui ne meurt jamais. Tu parleras pour la montagne et la tiendras en vie.

– Bon, ça d’accord. Je sais faire, raconter des histoires.

– En amateur, oui.

Et voilà. Toujours quand on croit qu’elle va se radoucir un peu, elle en remet une couche.

– Et pour le caillou qui parle ? C’est obligé aussi de le supporter ?

– Hmm… je n’ai jamais dit que ce serait facile. Ou agréable.

Et voilà comment votre serviteu…se ? se retrouve à gambader dans la neige avec son bâton de pèlerine et à essayer de sucer les pensées des gens pour manger un peu.

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La pélerine

C’est bien beau de ne pas hiberner, mais ça veut dire qu’il faut survivre tout l’hiver, dans le froid, toute seule… sans myrtilles ! Faut être vachement costaude pour s’en sortir dans des conditions aussi atroces. Ou incroyablement rusée. Et ça tombe bien, je suis la reine de la ruse et de la fourberie. Je suis sûre que je pourrais épater le renard du coin.

Il n’y a plus de myrtilles, c’est vrai. Mais il reste la deuxième nourriture préférée des marmottes, et en abondance même : le touriste. J’en mange pas, hein, attention. Y’a trop de fils et de plastique. Mais le touriste a toujours à manger sur lui, et même parfois du bon café et de la tarte aux myrtilles surgelée. Suffit de connaître les coins à touristes et de savoir se servir. Il paraît qu’un coin à touristes, ça se révèle pas. Mais ici, c’est simple, il suffit de suivre les pistes de ski.

Une marmotte classique, suffisamment stupide pour ne pas hiberner mais assez futée pour penser à ça, irait droit sur les pistes : Orcières ou Serre-Chevalier. Pfff, amatrices. Je suis une Princesse marmotte, avec un P majuscule comme… euh… Pirate ? Enfin, j’ai délaissé les pistes pour me concentrer sur un bien meilleur coin à touristes : le col Bayard. C’est bien plus rentable.

Parce que, quand on y pense, c’est pas facile de détrousser un skieur qui dévale à 100 à l’heure. Alors qu’à Bayard, le touriste vient pour flâner, pas pour faire de la vitesse. Sans compter qu’ils sont vachement nombreux là-haut, et qu’ils ne se méfient pas trop, vu qu’ils n’ont pas l’habitude de s’y faire racketter par les copines. Bref, le traquenard idéal. Et c’est gavée de pâtes de fruits et de café que je vais entamer ma saison de contes hivernaux.

C’est que, maintenant, je connais le secret de Grand’Ma. Je sais qui elle est. Enfin, en gros. Et puis surtout, je sais ce qu’elle fait. Parce que bon, je me doutais qu’elle était pas tout à fait normale la Grand’Ma. Une marmotte qui ne dort pas en plein hiver, déjà c’est suspect. Vous me direz, « Et toi, grosse maline ? ». Ben justement. Grand’Ma et moi, nous sommes pareilles ; nous sommes…

Enfin, elle m’a surtout donné tous ses trucs de raconteuse d’histoires. Et là, je suis en train de tester le « suce pense ». Héhé, ça vous épate, hein ? C’est une sorte de tour de magie, et je viens juste de vous ensorceler. Ça consiste à vous faire croire que je vais vous dire quelque chose de très important, et du coup, vous ne pensez plus qu’à ça. Et plus j’attends pour vous le dire, et plus ça vous travaille. Ça suce vos pensées, et on peut faire ce qu’on veut de vous, pauvre victime. Héhé, pas mal, hein ? Je possède vachement bien la technique maintenant. La seule chose que ne m’a pas dite Grand’Ma, c’est quand il faut arrêter, en fait.

Bon, je vous vois venir. Et ça sert à quoi exactement ton tour de magie ? C’est vrai que dit comme ça, ça n’a pas l’air très utile dans la vraie vie. Mais c’est parce que vous n’êtes pas le plus grand pillard de la montagne. Moi, je vais ensorceler les touristes. Je vais sucer leurs pensées pour mieux les dépouiller pendant qu’ils gambergeront. C’est simple, il suffit de les allécher en dessinant des signes bizarres sur la neige, du genre… un éléphant. Ils ne s’y attendront pas à celle-là. Il faut en faire plusieurs qui se suivent pour leur faire croire qu’il y a quelque chose au bout de la procession. Et au détour d’un sapin, quand ils ne penseront plus qu’à trouver le prochain… crac, je pique leur sac.

Sauf que voilà, il y a un truc que j’avais pas prévu. C’est mou la neige. Est-ce que quelqu’un pourrait m’aider là ?

Ça va peut-être aller là, avec le suce pense, non ? Et, euh… je me demande s’il vous reste beaucoup de pensées à sucer. Oh et puis zut. Grand’Ma, c’est moi.

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