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Archive for février 2011

Monstres enfouis

Les hivers précédents, je passais mon temps à dormir. Pfff, c’est d’un commun. Maintenant que je suis une princesse, je découvre les vrais secrets de la montagne, ceux qui se cachent sous la végétation l’été, ou qu’on ne voit pas parce que le soleil est trop fort. Car c’est notre sort à nous autres, princesses marmottes, de connaître les arcanes secrètes cachées au commun des marmottes. Cela s’appelle la sagesse. Et dans ma grande bonté, je vais vous la faire partager pour mieux vous avertir du terrible danger qui vous guette.

Promeneurs innocents, votre ignorance vous perdra ! C’est peut-être un peu trop. Mais bon, être une princesse, c’est aussi savoir se mettre en scène, non ? Je me demande même si ce n’est pas que ça, parce que l’autre vieille peau… pardon, Grand’Ma. Enfin, en tout cas, j’ai découvert les monstres enfouis de la montagne. Ce sont des créatures effrayantes, aux formes bizarres, cachées dans les pierres et prêtes à bondir sur les randonneurs pour les dévorer. Et non, ce ne sont pas des marmottes. Même si…

J’ai découvert la première de ces créatures en me promenant au-dessus de Chanousse. Il n’y avait plus trop de neige à Bayard, et plus beaucoup de randonneurs à qui voler des Petits Écoliers©, et j’avais migré dans le sud pour me mettre au chaud. Je me baladais au soleil, le nez en l’air pour préparer mon bronzage de printemps, quand tout à coup, je sens une présence. Et là, au bord du chemin, le monstre me regardait, déguisé en pierre, avec ses… yeux ?

Heureusement, il en faut plus pour effrayer une marmotte de mon calibre, et comme le monstre ne bougeait pas, je suis finalement sortie de derrière les buissons pour me mesurer à lui. Ah ah! Si tu ne viens pas à marmotte, marmotte viendra à toi ! C’est un truc d’intimidation que j’ai appris d’une marmotte bossue. Et ben, j’peux vous dire qu’il en menait pas large le monstre. Il a même continué à ne pas bouger. Il n’a pas osé répondre non plus quand je lui ai demandé ce que c’était. C’est quand même un comble : les cailloux ne me parlent que quand je ne veux pas.

Vu qu’il était ennuyeux à mourir, je suis partie en le surveillant du coin de l’œil. Mais j’ai quand même mené ma petite enquête depuis. Et oui, je suis une vraie princesse-marmotte-détective si je veux, et j’ai mes sources. Je sais que ce sont bien des monstres, et qu’ils sont partout. Maintenant que je regarde où je mets les pattes, j’en vois plein. On arrête pas de marcher dessus.

Il y a longtemps, avant la naissance de la montagne, ces monstres vivaient sous la mer. Ils passaient leur temps à nager et à… faire des choses : ils nageaient encore, faisaient des courses de vitesse, faisaient groaour aux monstres plus petits pour leur faire peur et, euh… se mangeaient entre eux. Ils étaient vraiment horribles, on aurait dit des grands vers tout droit. Bah ! Heureusement qu’ils n’y en a plus des comme ça, hein ?

En tout cas, ils s’ennuyaient tellement, qu’ils décidèrent d’aller voir ailleurs si c’était mieux. En même temps, on peut pas leur en vouloir : c’est drôlement ennuyeux la mer. Regardez moi, quand je suis obligée de prendre un bain, c’est tellement ennuyeux que je le prends pas. Et du coup, les monstres on décidé de quitter la mer pour aller voir le ciel. Mais comme ils arrivaient pas à sauter assez haut (ben non, ils étaient en pierre déjà), ils ont décidé de construire une grande montagne jusqu’au ciel. C’était trop facile pour eux, il suffisait qu’ils se montent dessus puisqu’ils étaient en pierre. Et c’est comme ça qu’ils ont fait les Alpes. Vous imaginez : ça en fait des monstres, hein ?

Sauf qu’ils avaient pas prévu qu’ils allaient sécher au soleil, parce qu’ils sont pas trop malins comme monstres. Sans la mer, ça les a  tout recroquevillés en s’enroulant, et c’est pour ça qu’ils ressemblent à des gros escargots en pierre. Et maintenant, ils attendent que la mer reviennent. Ce jour là, ce sera la fin de la montagne car tous les monstres reprendront vie et recommenceront à euh… faire n’importe quoi dans l’eau. C’est pour ça, pauvre randonneur innocent, qu’il ne faut pas se promener dans la montagne les jours de pluie et d’orage : ils reprennent vie juste assez pour vous mordre les fesses.

Brrr. Ça fait peur cette histoire, mais maintenant je sais pourquoi ça fait mal des fois quand on s’assoit sur un caillou. C’est un monstre pas content qu’on l’écrase. Le pire, c’est de se dire qu’il y a tous ces yeux qui vous regardent tout le temps. On n’est jamais à l’abri. Je suis sûre qu’ils me regardent quand je fais pipi.

Enfin, c’est quand même pas ce qu’il y a de plus dangereux dans la montagne. Parce que le plus dangereux, ce sont ces gros monstres poilus que se cachent dans les troncs d’arbres près des piques niques… Graour !

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L’hiver est toujours tellement long, même lorsqu’on le passe à dormir : tout ce blanc, tout ce froid, ça lasse vite. En me réveillant il y a quelques jours, j’ai guetté le moindre signe du printemps. La neige avait fondu dans une bonne partie de la montagne, sauf sur les versants à l’ombre : j’ai poussé des petits cris de joie en voyant que je pouvais me remettre à voyager sans avoir les pattes glacées, scoui, scouii ! Il suffit de choisir des vallées un peu basses, des forêts d’adret, des montagnes de basse altitude…

En me promenant, je regardais si les bourgeons commençaient à se former ; on en est encore loin. J’ai bavardé avec les oiseaux qui passent l’hiver dans la montagne : ils sautillaient au soleil en cherchant les insectes qui commencent à sortir. J’ai même vu les premiers papillons, qui se coursaient au-dessus des genêts. Mais les arbres sont encore tout nus, sauf les pins et sapins ; l’herbe est toute sèche, cuite par la neige ; les pierres sont glacées. Bah, c’est encore l’hiver. Dans la montagne, une seule plante s’est vraiment réveillée ! C’est l’hellébore fétide. J’aime bien l’hellébore fétide. D’abord, parce qu’elle est la première à annoncer le printemps, dès la fonte des neiges. Et puis aussi parce qu’elle a un nom rigolo, qu’elle pue et que ses fleurs sont vertes comme des ogres.

Les hellébores, on en trouve partout. Dans les jardins des vallées, on trouve les variétés chic d’hellébores, celles qu’on appelle les roses de Noël, puisqu’elles fleurissent en hiver. Dans la montagne, bon, elles sont fétides, ce qui est tout de suite moins poétique. Les marmottes lui ont donné d’autres noms un peu plus sympathiques : pied de Griffon, rose de serpent, patte d’ours (mon préféré), mords-cheval, herbe printanière, favalau,… Elles poussent au bord des chemins, en forêt, dans les plaines, au milieu des buissons ou des cailloux : vraiment partout en France, tant qu’on ne monte pas au-dessus de 1800 m d’altitude. Il n’y a que dans quelques contrées barbares comme la Bretagne ou le Nord qu’elles se font rares.

C’est une plante assez basse, de 30 à 45 cm de haut, atteignant 80 cm à 1 m lors de la floraison. L’hellébore a des feuilles d’un beau vert sombre, lisse et brillant ; elles sont persistantes, et se contentent de devenir un peu plus sombres l’hiver, sans tomber. Chaque feuille ressemble un peu à une étoile, et pousse le long d’une tige épaisse. Ces tiges sont vertes, mais tirent parfois vers le rouge, c’est assez curieux. Certaines marmottes chuchotent que ces feuilles ressemblent à celles d’une autre plante, qui fait rigoler quand on la fume. Mais ajoutent qu’il vaut mieux éviter de fumer les hellébores… Parce que oui, les hellébores sont vénéneuses, alors on se contente de regarder. Et quand on regarde une hellébore fétide, on se bouche le museau en plus.

Au printemps, de l’hellébore fétide sort une sorte de touffe d’un vert très vif, au milieu de laquelle les fleurs se préparent. Les fleurs sont des petites clochettes, penchées pour se protéger des intempéries. Leurs cinq pétales sont vertes, souvent bordées de rouge sombre. Les étamines sont nombreuses, longues, et produisent une grande quantité de pollen : les hellébores fétides ne sont pas vénéneuses pour tout le monde, puisque les mouches, les abeilles et les bourdons en profitent. Les fleurs, pollinisées par les insectes, donnent naissance à un fruit : on dirait une gousse de petits pois. Quand la gousse éclate, les graines tombent avant d’être dispersées par les fourmis. C’est l’un des modes de reproduction de l’hellébore. L’autre, c’est le rhizome, cette sorte de tige-racine dont j’ai déjà parlé ailleurs.

L’hellébore fétide fleurit ordinairement deux fois, la première fois généralement vers cinq ans, mais parfois dès la deuxième année. De nouvelles tiges naissant de la souche assurent une seconde floraison l’année suivante, cette seconde floraison étant généralement suivie par la mort de la plante.

Hellébore fétide Helleborus foetidus – Famille des Renonculacées

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Wouaaaaaaahhhhhhh…. HHHhhhhhhaaaa ! (baillements). Gniiii krakkrk (étirements).

Pfff…

La vie est dure.

Oui, bon d’accord, j’étais sensée voyager tout l’hiver, j’avais promis à Grand’Ma que j’allais raconter des histoires par monts et par vaux, mais voilà, il y a euh… un mois (ou plus ?) je suis tombée dans un trou. Bim ! Et là, je sais pas ce qui s’est passé, j’ai dû m’assommer, je suis tombée dans un coma très profond dont je me réveille à peine.

Hum. Voilà voilà.

Dites, c’est crédible ? C’est ce que je pensais dire à Grand’Ma, mais j’ai peur qu’elle me gronde.

Toujours est-il qu’en me réveillant (enfin en sortant du coma hein), j’étais affamée. Je me suis mise en quête de nourriture, et par chance, il faisait beau, de pauvres touristes étaient de sortie. Le teint blafard à la sortie de l’hiver, épuisés par des carences en vitamines D, ils dormaient au soleil, innocents promeneurs. J’ai pu rafler plein de Petits Écoliers©, hé hé. Grâce à ça, me je suis rebiscoulée, comme disent mes cousines des Pyrénées : bref, là, ça va mieux, je suis prête à repartir pour de nouvelles aventures !

 

 

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