Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for juin 2011

Dans la montagne, on ne croirait pas, mais il y en a tout plein de choses comestibles et délicieuses. Vous vous souvenez du cynorhodon, qu’on grignote dès les premières gelées ? Tout sucré, il colle aux pattes et chatouille la gorge. Si vous ne voulez pas attendre l’hiver prochain pour retrouver son goût, voici une petite recette de soupe glacée et salée, à siroter le midi au soleil, devant son terrier.

Pour 2 marmottes :

– 100 g de cynorhodons d’été

– 150 g d’amandes mondées (sans la peau quoi)

– 1 poignée de mie de pain

– 1 c. à soupe de vinaigre

– 3 c. à soupe d’huile d’olive

– 750 g d’eau

– sel

Les cynorhodons se récoltent quand ils sont souples sous le doigt (à partir de mi juin), trop mûrs ils sont impossibles à manipuler.

Épépinez et épilez les baies de cynorhodon : coupez les pôles des baies, ouvrez-les en deux et épépinez avec une petite cuillère. Achevez de nettoyer l’intérieur de la baie à l’ongle, sous le robinet : il ne doit pas rester un poil !

Mettez tous les ingrédients dans un mixeur. Mixez longuement, filtrez et mettez 2h au frais avant de servir. Cela donne une soupe colorée, douce et originale. Vous pouvez vous amuser avec quelques épices, mais point trop pour ne pas cacher le goût du cynorhodon.

Recette : Lugar do olhar feliz.

Read Full Post »

Il y a longtemps, une belle marmotte brune qui s’appelait Daphné se faisait harceler par un marmotton, A-Poil-Long (oui, à l’époque les gens avaient des noms un peu bizarres). A-Poil-Long était beau comme un dieu, un pur beau gosse, mais j’imagine qu’il n’était pas très malin ou qu’il avait un tout petit terrier, ou bien qu’il était nul à la chasse au pissenlit. Enfin bref, Daphné ne pouvait pas voir A-Poil-Long en peinture, alors que lui était complètement fou d’elle. Il était tout le temps en train de lui courir après, et la pauvre marmotte était épuisée : elle passait ses journées à courir de toutes ses forces, à sauter dans l’eau glacée des ruisseaux et à se cacher derrière les buissons pour lui échapper. Elle n’avait pas le temps de manger, et à peine le temps de récupérer pendant la nuit, ce qui est tout de même dramatique pour une marmotte.

Un soir, Daphné alla voir discrètement une vieille marmotte un peu sorcière qui vivait dans un terrier écarté. Elle lui expliqua la situation en la suppliant de trouver une solution.

La vieille marmotte réfléchit un instant, la patte sous le menton. Elle regarda Daphné en coin et lui dit : « Si tu es vraiment certaine de vouloir échapper à ce marmotton, demain, jette-toi dans ce petit buisson ». Elle désignait un petit buisson bas, aux minuscules feuilles vernissées et à l’air innocent. Daphné partit, un peu sceptique : comment se cacher dans un buisson si peu épais ?

Le lendemain, la ronde quotidienne commença. Dès qu’elle mit le nez dehors pour prendre son petit déjeuner, Daphné se mit à courir pour échapper à A-Poil-Long. Elle courait, courait, toujours plus épuisée. Et soudain, en passant près du terrier de la vieille marmotte, elle se souvint du conseil si bizarre. Elle se jeta dans ce petit buisson et là, tout à coup, elle sentit ses pattes arrière s’ancrer au sol, ses griffes pousser, pousser comme des racines. Ses pattes avant s’allongeaient comme des branches, ses oreilles se fondaient dans les feuilles vertes du buisson et, stupéfaite, elle vit sa fourrure se couvrir de minuscules fleurs roses. A-Poile-Long, l’air penaud, continua à chercher Daphné pendant des jours parmi la montagne, avant de noyer son chagrin dans la liqueur de pissenlits. Quant à Daphné, elle commença alors à mener une vie bien curieuse pour une marmotte : dès le printemps, à l’heure ou les autres marmottes se réveillent, elle s’installe dans le buisson vert et se fond en lui, le couvrant de petites fleurs délicates qui s’échappent de sa fourrure. L’hiver, selon la légende, elle parcourt la montagne, enfin libre de toute attache, heureuse et sage. Je suis sûre que Grand’Ma a quelque chose à voir avec cette histoire.

Marmotte et Daphné

Enfin bref, je suis allée rendre visite à Daphné ces derniers temps, histoire de lui tenir compagnie pendant qu’elle se cachait. Aujourd’hui, les gens appellent cette fleur le Daphné camélée, mais c’est parce qu’ils ont oublié qu’il faut dire la Daphné caméléon, tss. Certains parlent aussi de camélée des Alpes, de Daphné thymélée ou de Daphné canulé, allez savoir pourquoi. Elle fait partie de la même famille que le joli-bois et le laurier des bois. C’est une plante qui pousse au ras du sol dans les prairies sub-alpines, parfois même en sous-bois. Ses fleurs sont très parfumées (comme une fourrure de marmotte, qui sent délicieusement bon comme chacun le sait), mais toute la plante est toxique (pour être sûre, jusqu’au bout, de résister aux assauts d’A-Poil-Long).

Daphné camélée – Daphne cneorum – Famille des Thyméléacées

Read Full Post »