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Archive for août 2011

– Franchement, c’est vraiment pas juste ton histoire le caillou ! Comment je fais pour sauver la montagne, le monde et les marmottes alors que je suis… ben qu’une marmotte, quoi ? Hein ? C’est facile pour les cailloux, ça ne craint rien : c’est trop dur à manger. Alors que moi, si je dois courir la montagne et que les renards veulent me manger, je me vois pas leur dire qu’ils ont pas intérêt à le faire parce que sinon copain caillou va leur rouler sur les pattes.

– La vie est dure.

– Et c’est tout ce que tu trouves à dire ?

– Oui. Je vais quand même pas me fouler pour répondre intelligemment à tes questions idiotes. Il existe toute sorte de héros, même parmi les animaux les plus modestes… ou les plus paresseux. Tu n’es pas à la hauteur, voilà tout.

– Non. Enfin si, je suis à la hauteur, parce que je suis une princesse. C’est juste que les marmottes peuvent pas sauver le monde.

– Vraiment ? Alors c’est que tu n’es pas à la hauteur de la longue tradition des héroïnes du temps jadis. Mais ça ne m’étonne pas.

– Ah parce que t’en connais toi des « héroïnes marmottes » peut-être ? Première nouvelle !

– Oui. J’en connais.

Des héroïnes marmottes ? Et puis quoi encore ? Des princesses, comme moi, d’accord. Mais des marmottes qui se battent contre des lions ou le minoutor, faut pas pousser. Pourquoi pas des super-marmottes en costume ?

– Tu devrais voyager un peu Marmotte. Je veux dire, y compris hors des Alpes. As-tu déjà entendu parler de Saint-Geniez-d’Olt, par exemple ?

– Non, mais je vois pas le rapport.

– Alors regarde… et écoute.

Beuh… ça tourne, j’ai envie de vomir. Et puis elle est passée où la montagne ? Aaaah ! Mais je suis où ? Pouah ! ça sent pas bon, y’a plein de voitures. Et puis c’est quoi ça ?

– Ça marmotte, c’est la statue d’une des plus grandes héroïnes marmottes de tous les temps.

– Euh, caillou ? Je t’avais pas demandé d’arrêter de lire dans mes pensées ?

– Non.

– J’aurais dû alors.

Je dois reconnaître qu’il marque un point le caillou. Ici, les gens aiment tellement les marmottes qu’ils nous ont fait une statue en reconnaissance. Avec une plaque et tout. Et puis il y a plein de gens autour qui mettent des dessins de marmottes partout, et même des tee-shirt « I love les marmots ». Et tout ça grâce à une marmotte héroïque d’il y a longtemps.

Celle-ci de marmotte était devenue très copine avec deux gamins. Normal, c’était les enfants du meilleur pâtissier du village. Du coup, c’est tout de suite intéressant d’être leur amie. La copine marmotte avait infiltré le foyer grâce à la plus vieille technique de rapine de marmotte qui soit : la technique dite « Oh quelle est mignonne ! » Les humains se font toujours avoir. Ils croient bêtement qu’on leur fait les yeux doux pour avoir un peu de tendresse de leur part, et nous récompensent d’un câlin et d’un gâteau. Le gâteau suffit et merci d’être passé. Quant à la marmotte, elle avait poussé la technique à son plus haut degré de maîtrise et avait ses entrées dans la maison. Elle pouvait ainsi se servir en douce et à volonté. Et ça, c’est ce que j’appelle une héroïne marmotte.

C’était surtout une marmotte qui avait de l’intuition. Les hommes, dès qu’ils ont leur petite maison en briques, ils se croient à l’abri de tout et ne font plus attention à rien. Quand un jour un très gros orage finit par s’avancer vers Saint-Geniez, la marmotte, elle, a pigé tout de suite qu’il ne faisait pas bon rester dans les parages. Elle a renoncé à son petit confort, et pillé le cellier avant de s’enfuir à toutes pattes. C’est sûr qu’il ne faisait pas bon mettre le museau dehors ; mais la marmotte qui laissera perdre une pâtisserie ou des petits écoliers sous la flotte est pas encore née. Elle avait même piqué le goûter des enfants par acquis de conscience.

C’est à cause de ça que ces derniers se sont aperçus qu’elle était partie. Et comme ils venaient enfin de piger les réelles motivations de la marmotte, ils lui ont couru après sous l’orage pour se venger. Ils ont réussi à la rattraper un peu plus loin, vu qu’elle était chargée comme une bourrique, et ils l’ont ramenée à la maison.

Sauf qu’au retour, y’avait plus de maison. Les parents avaient disparu, emportés par la crue de la rivière. Les voisins, encore plus bêtes que les autres, en ont conclu qu’ils avaient été sauvés par la marmotte qui les avait entraînés hors de la maison. Et du coup, la marmotte est devenue l’héroïne de tout le village. Aujourd’hui encore, ses habitants s’appellent les marmots et les marmottes, en reconnaissance. La classe, hein ? Et tout ça pour sauver son butin ! Alors oui, il y a des marmottes héroïques.

– T’avais raison caillou. Ça existe les héroïnes marmottes. C’est pas très conventionnel comme héroïnes, mais c’est bigrement impressionnant.

– Tu devrais en prendre de la graine.

– T’inquiètes caillou. J’ai commencé à y réfléchir, et un jour on me fera ma statue rien qu’à moi.

Cette nuit là, j’ai rêvé que j’étais la marmotte de Saint-Geniez. Les gâteaux du pâtissier étaient vraiment trop bons, et j’avais vraiment la classe en statue. C’est fou ce qu’on peut leur faire faire à ces humains.

Saint-Geniez-d’Olt, dans l’Aveyron, compte 2000 Marmots et a pris la marmotte pour emblème. La preuve ici.

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Ah, j’ai eu bien du mal à l’identifier, cette plante couverte de fleurs vertes… J’ai cru innocemment que c’était une gentiane, puisqu’elle a la même feuille épaisse et plissée que la grande gentiane. Et puis, elle se plaît dans le même type d’habitat : les pâturages et pelouses d’altitude, engraissées par les vaches de l’été précédent. Et puis, non, décidément les gentianes vertes n’existent pas !

Je commençais à désespérer, et puis je me suis souvenue d’une initiation aux plantes toxiques, que ma grand-marmotte dispensait aux marmottons de l’année. Il faut être prudent en montagne, on ne dirait pas comme ça, mais il y a des tas de plantes qu’il vaut mieux éviter de grignoter ! J’avais dû écouter d’une demi-oreille, trop occupée à chuchoter avec mes cousins marmottons dans le rang du fond. Et le vératre blanc, j’avoue, était caché bien loin sous mes neurones.

Mais le revoilà ! Pourtant, quand on en croise un, difficile de le rater. Il est grand, bien plus qu’une marmotte puisqu’il fait plus d’un mètre au garrot ! Une longue tige, lestée de feuilles épaisses à la base, couverte de petites fleurs vertes tout l’été. Les fleurs ont 6 pétales en étoile, qui peuvent être dans les tons de vert, blanc ou jaune, mais toujours en demi-teintes.

Comme ma grand-marmotte l’avait expliqué (j’ai fini par m’en souvenir…), le vératre blanc est une plante terriblement toxique. Pourtant, prise en minuscules quantités, il paraît que c’est très efficace quand on mal au ventre et qu’on doit sans cesse courir se cacher derrière un rocher. Pratique pour se soigner quand on est en vadrouille (mais n’essayez pas tout seul, demandez à un homéopathe !), puisqu’on trouve des vératres blancs dans toutes les montagnes d’Europe et d’Asie. Il faudra que je demande à mes cousines japonaises, les mâmotto, comment elles l’utilisent pour se soigner. Lors d’un prochain voyage ?

Vératre blanc, parfois appelé hellébore blanc ou varaire blanc – Veratrum album – Famille des Liliacées

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Transhumances

J’ai repris la route à contre-cœur. J’ai quitté Prapic pour aller vers le Piolit, l’éternel caillou sur mes traces.

– Que crois-tu être Marmotte ?

– Ben, une marmotte, c’te question !

– Vraiment ?

– Ben oui. Une princesse même.

Je commence à le connaître ce caillou. Il laisse un petit temps de silence et fait mine d’être pensif. En fait, il sait exactement ce qu’il va me dire, et je suis même sûre qu’il a préparé ses effets depuis belle lurette. Tout ça pour me laisser mariner en espérant que je me sente coupable. C’est d’un classique… Tu vas voir que juste après il va la jouer humble, du genre je me suis trompé. Il s’attendra à ce que je lui demande pourquoi, et là il va me donner le bâton sans en avoir l’air : je croyais avoir affaire à une vraie princesse, ou un truc comme ça. Mais si tu crois que je vais me laisser faire mon caillou, tu te trompes de marmotte. Héhé, tu vas voir ce que je vais lui envoyer.

– T’es vraiment la pire idiote que j’ai jamais rencontrée. Rentre chez toi, t’as fait assez de dégâts comme ça.

– Pour sûr que tu t’es trom… quoi ?

– Tu ne seras jamais une princesse. Adieu Marmotte.

Euh… c’était pas prévu ça.

– Hmm. Attends… euh… attends un peu caillou. Bien sûr que si je suis une princesse. Je sens les cailloux dans les pissenlits et tout. Caillou ? Caiiiillou ?

Je me suis bien fait avoir encore une fois. Quoi que je fasse, ce caillou a toujours un coup d’avance. Au moment où j’espère lui rendre la monnaie de sa pièce, c’est encore moi qui me retrouve à devoir m’humilier pour lui faire plaisir. Pfff. Je présume que c’est le destin des princesses marmottes que d’avoir de la grandeur d’âme à la place des autres. Maintenant, faut retrouver ce caillou au milieu des autres cailloux…

– Aie ! Qu’est-ce que… ? Bah ! Mais c’est dégoûtant !

Qu’est ce que c’est que ce truc ? On dirait une sorte de monstre préhistorique, mais qui sentirait le mouton mort. Et qu’est-ce que je fais dedans d’abord ? Y’a même pas de sortie, comme si j’étais… prisonnière ?

– Euh… caillou ? C’est… c’est toi qui as fait ça ?

– Non. C’est toi.

– Aaaaaaah !

C’est plus un caillou, c’est la montagne toute entière qui hurle cette fois. Là, j’ai vraiment dû l’énerver. La voix est terrifiante ; elle résonne partout, et je crois que j’ai fait un petit pipi…

– Je… euh… pardon ?

– Qu’est-ce qui fait de toi une princesse ?

– La grâce de la montagne et…

– MARMOTTE !

– Aaaaaaaaaah! Pitié !

Les rochers tremblent et la carcasse se resserre sur moi. Je veux pas mourir dans un mouton !

– Je sais pas… le voyage ?

– Les moutons aussi voyagent. Eux aussi parcourent la montagne pendant l’été.

– Euh… oui. Mais eux ils sont bêtes. Non ?

– Non.

– Ah. C’est parce qu’ils sentent pas les pissenlits dans les cailloux alors ?

– Ils sont aveugles Marmotte ! Aveugles et paresseux. Ils parcourent la montagne mais ne la connaissent pas. Ils la regardent sans la voir.  On les parque pour les nourrir d’herbe grasse comme des salades. Que savent les moutons des terribles orages qui transforment la montagne, des avalanches, de la solitude des glaciers et du frisson d’un tas de pierres qui meurt ?

– Rien ?

– Et toi, Marmotte ?

– Rien. Sniff.

– Ne t’arrêtes plus Marmotte. Tu dois aussi voir ce qui fait souffrir la montagne si tu veux la connaître. Il n’y a que les moutons pour croire que le temps des plaisirs et des jeux peut durer toujours et suivre aveuglément ceux qui le leur promettent. Tu ne dois pas être de ceux-là Marmotte. Cette carcasse autour de toi, c’est le danger qui te guette : une princesse enfermée dans l’étroitesse d’un mouton.

Quand j’ai osé rouvrir les yeux, quelques minutes plus tard, la carcasse avait disparu. J’étais seule à nouveau, au moins en apparence. Un peu plus loin, un troupeau de moutons paissait dans le réduit d’un enclos. J’en ai eu des frissons dans le dos. C’est la montagne qui a raison. Je veux pas être un mouton.

– T’es encore là caillou ?

– Oui, derrière toi, comme d’habitude.

– Je me demandais…

– Quoi ?

– Et les chèvres ? C’est grave si je suis une princesse enfermée dans une chèvre ?

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