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Archive for octobre 2011

En montagne, il y a des tas de bons trucs à manger : des framboises, des myrtilles, des groseilles, des mûres… Et quand l’automne arrive, il reste encore de quoi grignoter avant d’aller au lit : les champignons, les premiers cynorhodons, et surtout, les argouses.

Les argouses, ce sont des petites baies d’un bel orange translucide posées sur un buisson gris-vert. Il faut faire attention quand on s’approche, parce qu’il y a plein de piquants cachés dessous : impossible de les attraper à pleines pattes, elles se méritent les unes après les autres.

Au début, on trouve ça terriblement acide, en plus il y a un pépin au milieu donc pas grand chose à manger. Et puis finalement, quelques secondes après, on a la bouche toute parfumée d’un parfum inattendu dans nos montagnes : les argouses, ça a le goût du fruit de la passion, en un peu plus acide. Et c’est plein de bonnes choses : avec leur air de rien, ces petites baies oranges sont un concentré de vitamines. On ne trouve pas d’oranges dans nos montagnes, peuh, on a bien mieux ! Les argouses sont trente fois plus riches en vitamines C ! (bon, d’accord, il faut trente fois plus de temps pour en manger la même quantité…)

Vous trouverez des argousiers au détour d’un sentier, près d’un ruisseau au soleil. Un petit troupeau de buissons vert-orangé… A la fin de l’automne, les feuilles sont toujours vert-de-gris sur le dessus, mais passent de l’argenté au cuivré dessous. Puis quand la neige tombe, les argousiers perdent ces petites feuilles d’oliviers, offrant aux marmottes retardataires les argouses toutes nues.

Certaines marmottes se lustrent le pelage avec les argouses : ça le rend beau et brillant. Les Grecs faisaient pareil avec les chevaux, paraît-il, d’où le nom savant de l’argouse : l’hippophae (« cheval » et « briller »). Personnellement, je trouve ça bien dommage, je préfère les manger. De toutes façons, j’ai le poil naturellement lustré, je suis une princesse marmotte moi.

Argousier – Hippophae rhamnoides – Famille des Éléagnacées

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J’ai beaucoup flâné ces derniers temps. J’avais pas très envie d’aller au bal des marmottes finalement. Je sais que je suis censée devenir une vraie princesse marmotte, officielle avec un badge et tout, après le bal. Sauf que là… bin, non, je voulais pas. C’est trop dur de sauver la montagne et tout le reste à moi toute seule, même si je sais que la montagne compte sur moi. La pauvre. Qu’est-ce qu’elle va devenir sans moi ? On ne la verra même plus.

Du coup, j’ai poussé le sens du sacrifice jusqu’à continuer mon voyage. Je ne sais pas si j’irai au bal un jour, mais je ne peux pas me résoudre à abandonner une montagne dans la détresse. Alors je voyage pour lui laisser un peu d’espoir.  Chaque jour, je me lève de bon matin, malgré mon instinct qui me commande de trouver un bon terrier moelleux, de le remplir d’herbe et de me coucher.

– Pfff. N’importe quoi ! Je suis obligé de te sauter dessus pour te réveiller vers midi et je passe ma journée à cacher les terriers inoccupés pour éviter que tu n’ailles te planquer en douce !

Ce caillou exagère toujours… En tout cas, j’ai vécu des heures tragiques au service de la montagne. J’en pleure encore rien que d’y penser. Car j’ai rencontré le grand amour pendant mon périple. J’étais allé en Italie pour dire buongiorno aux copines. Finalement, j’ai dit ti amo à un grand gris-blond : Marco le marmot. J’ai passé le plus bel été de ma vie. On a gambadé dans l’herbe, on a fait des câlins de museaux, et surtout, on s’est empiffré de myrtilles. Bref, le bonheur.

Sauf que Marco n’est pas une princesse marmotte. Pas même un prince en fait. Mais il pourrait, hein. Parce que Marco, il est pas comme les autres… Enfin bref, il est allé se coucher. Et comme je suis une princesse, moi, j’ai repris le voyage pour défendre la montagne.

– Re pffff. Heureusement que j’étais là oui ! T’y serais restée dans les pattes de Marco et de Morphée !

– Oh, hé, reste correcte le caillou ! Je sais même pas qui c’est ce Morphée. On fait pas des choses à trois avec Marco !

– Morphée, ça veut dire sommeil, idiote.

– … ah… bon, lui peut-être.

Bon bref, j’ai quitté Marco. Ce fut un moment tendre et émouvant… Et comble de malheur, c’est après que s’est nouée la véritable tragédie. Alors que je reprenais ma route sinueuse vers le bal des marmottes, j’ai dû dire adieu… aux myrtilles ! J’ai mangé les dernières sur les pentes au-dessus de Cervières. Elles n’étaient même pas vraiment sucrées. C’est trop triste. Bouhouhou…

Du coup je suis allée au bal des marmottes, de dépit. Au début je savais pas trop où c’était et le caillou arrêtait pas de me dire que j’étais en retard.

– T’as qu’à me dire où c’est, on arrivera plus vite.

– Non marmotte, une vraie princesse sait où a lieu le bal.

Mouais. Dans le genre je joue les oracles mystérieux, il est de plus en plus fort ce caillou. Enfin, faut croire que je suis une vraie princesse, parce que j’ai trouvé la salle de bal. C’est tout simple en fait, c’est écrit dessus : c’est au pays des marmottes, à Dormillouse. Héhé, pas bête la princesse, hein ?

Sauf que je suis arrivée trop tard. Nous sommes début octobre, et toutes les marmottes se sont couchées. Elles ont dansé sans moi, et je reste toute seule devant la salle. C’est trop injuste.

– Arrête de bouder Marmotte. De toutes façons, c’est mieux comme ça.

– Oh, ça va toi. Tu m’as embêtée tout le trajet pour que j’arrive à l’heure, et maintenant c’est pas grave ?

– Non. Car dans ta hâte de venir ici, tu as oublié quelque chose.

– Ah, et quoi ? Monsieur je sais tout.

– D’apprendre à danser.

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