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– Dis-donc Marmotte, comment ça se fait que t’es une princesse ?

– Euh… tu… enfin… je suis une princesse, c’est tout. C’est quoi que tu comprends pas ?

Alors là, franchement, me poser des questions pareilles sur la digestion, c’est peut-être pousser un peu loin la clémence princière. J’ai quand même le droit de faire bronzette en paix, non ?

– Ben, pourquoi toi t’es une princesse et pas moi ?

Et voilà, il fallait s’y attendre. C’est dur d’être une princesse. Les gens sont toujours un peu jaloux. On illumine leur vie morne de notre présence, nous autres princesses, et c’est comme ça qu’ils nous remercient. Tsss. Ce que c’est que l’envie, hein? Dans deux minutes elle me demande pourquoi c’est moi qui mange les Petits Écoliers© et elle la pomme pourrie.

– Ça ne s’explique pas une princesse. Certaines d’entre nous le sont, et c’est tout. Tu devrais déjà être contente d’avoir pu me rencontrer. Si ça se trouve, je suis la seule qui existe.

– D’accord. Mais moi aussi j’aimerais bien être une princesse. Comment on devient une princesse ?

– Ahahah ! On ne devient pas princesse. On naît princesse. Et crois moi, c’est un fardeau que d’être bénie de la montagne.

– Ah. Je croyais que c’était une histoire de petit caillou sous un matelas de pissenlits, ou un truc comme ça.

Wouahou! Je savais qu’elles étaient un peu reculées les cousines champsaurines, mais là, j’avoue, ça m’a pris par surprise. Il doit s’en raconter des bêtises dans les terriers les longues journées d’hiver. Le pire c’est qu’elle a l’air d’y croire. Bon. Comment lui expliquer sans la froisser…

– Ahahah ! Ce que tu es sotte Mariette.

– Je m’appelle pas Mariette ! Moi c’est Nadine.

– Oh, Mariette, Nadine, peu importe non ? Enfin, je présume qu’on ne peut pas t’en vouloir, hein ?

C’était peut-être pas la bonne réponse, à la réflexion. Je me demande même si c’était la bonne manière d’aborder les choses. Elle a l’air un peu vexée là. Va falloir la jouer un peu plus fine. Règle de survie n°1 : les idées, mêmes idiotes, d’une marmotte qui fait quatre fois votre taille méritent considération. Approbation même parfois.

– Arrête de bouder, je te taquine, hein ? Faut pas te vexer. C’est un truc de princesse pour… euh… enfin, c’est un truc de princesse. Tu ne pouvais pas savoir. Bon, c’est quoi cette histoire de caillou ?

– Ma maman m’a toujours dit qu’une vraie princesse marmotte est si délicate qu’elle peut sentir un tout petit caillou sous un énorme lit de pissenlits. Et c’est même à ça qu’on les reconnaît.

– Mouais. C’est une jolie histoire, mais ça n’a pas grand chose à voir avec la réalité. Je suis une princesse marmotte parce que j’ai été touchée par la grâce de la montagne et que je suis…

– La pire menteuse que la montagne ait jamais connu ! C’est vraiment n’importe quoi. T’as qu’à lui dire que t’as du sang bleu pendant que tu y es.

– Euh… Marmotte ?

– Hmmm ?

– On aurait dit un caillou qui parle…

– Euh, oui.

– C’est la première fois que je vois un caillou qui parle.

Eh ben t’as bien de la chance. Ça faisait longtemps. Après quelques mois tranquilles, j’avais arrêté de me méfier.

– Tu sais quoi Nadine ? En fait, c’est ta maman qui a raison. Même au milieu du plus confortable des coins couverts de Petits Écoliers© et de pissenlits, je suis toujours capable de sentir le petit caillou qui s’y cache. Même si le fait qu’il ait toujours un commentaire désagréable à la bouche aide sans doute beaucoup.

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L’astilbe

Un buisson plein de plumeaux blancs majestueux ? Tout ça au milieu d’une forêt humide, ou près d’un cours d’eau ? Ça mes agneaux, c’est une astilbe.

D’habitude, on voit plutôt ça dans les jardins. Mais bon, inutile de descendre dans la vallée, la montagne réserve quelques surprises au début de l’été. Les fleurs de l’astilbe existent en rose, blanc, violet ou rouge, il y a un large choix de couleurs. Les feuilles aussi s’amusent entre le vert, le jaune ou le rouge. Là j’ai fait simple et de bon goût, vous noterez, en m’en tenant au blanc et vert. Bon, je reconnais que c’est seulement ce modèle-là qu’on trouve en montagne.

On trouve plutôt les astilbes dans les lieux humides, en fond de vallée, dans les forêts près d’un ruisseau. Elles ont besoin d’une terre assez riche pour se sentir heureuses, et pouvoir offrir une telle floraison en juin-juillet. Si l’été est bien frais, l’astilbe fleurira même plus longtemps.

L’hiver, piouf, la plante disparaît. Les feuilles tombent, les fleurs et les tiges séchées finissent par être englouties sous la neige, et puis plus rien…

Au début du printemps, il reste quelques misérables tiges marron. Heureusement, les racines rhizomateuses sont très rustiques (dites-le dix fois très vite) et résistent aux grands froids de la montagne. En repartant de rien, imaginez le travail pour fournir quelques mois plus tard un buisson aussi dense, qui fait parfois plus d’un mètre de hauteur ! Avec des tas de fleurs et tout !

Astilbe – Astilbe – Famille des Saxifragacées

Dans la montagne, on ne croirait pas, mais il y en a tout plein de choses comestibles et délicieuses. Vous vous souvenez du cynorhodon, qu’on grignote dès les premières gelées ? Tout sucré, il colle aux pattes et chatouille la gorge. Si vous ne voulez pas attendre l’hiver prochain pour retrouver son goût, voici une petite recette de soupe glacée et salée, à siroter le midi au soleil, devant son terrier.

Pour 2 marmottes :

– 100 g de cynorhodons d’été

– 150 g d’amandes mondées (sans la peau quoi)

– 1 poignée de mie de pain

– 1 c. à soupe de vinaigre

– 3 c. à soupe d’huile d’olive

– 750 g d’eau

– sel

Les cynorhodons se récoltent quand ils sont souples sous le doigt (à partir de mi juin), trop mûrs ils sont impossibles à manipuler.

Épépinez et épilez les baies de cynorhodon : coupez les pôles des baies, ouvrez-les en deux et épépinez avec une petite cuillère. Achevez de nettoyer l’intérieur de la baie à l’ongle, sous le robinet : il ne doit pas rester un poil !

Mettez tous les ingrédients dans un mixeur. Mixez longuement, filtrez et mettez 2h au frais avant de servir. Cela donne une soupe colorée, douce et originale. Vous pouvez vous amuser avec quelques épices, mais point trop pour ne pas cacher le goût du cynorhodon.

Recette : Lugar do olhar feliz.

Le daphné camélée

Il y a longtemps, une belle marmotte brune qui s’appelait Daphné se faisait harceler par un marmotton, A-Poil-Long (oui, à l’époque les gens avaient des noms un peu bizarres). A-Poil-Long était beau comme un dieu, un pur beau gosse, mais j’imagine qu’il n’était pas très malin ou qu’il avait un tout petit terrier, ou bien qu’il était nul à la chasse au pissenlit. Enfin bref, Daphné ne pouvait pas voir A-Poil-Long en peinture, alors que lui était complètement fou d’elle. Il était tout le temps en train de lui courir après, et la pauvre marmotte était épuisée : elle passait ses journées à courir de toutes ses forces, à sauter dans l’eau glacée des ruisseaux et à se cacher derrière les buissons pour lui échapper. Elle n’avait pas le temps de manger, et à peine le temps de récupérer pendant la nuit, ce qui est tout de même dramatique pour une marmotte.

Un soir, Daphné alla voir discrètement une vieille marmotte un peu sorcière qui vivait dans un terrier écarté. Elle lui expliqua la situation en la suppliant de trouver une solution.

La vieille marmotte réfléchit un instant, la patte sous le menton. Elle regarda Daphné en coin et lui dit : « Si tu es vraiment certaine de vouloir échapper à ce marmotton, demain, jette-toi dans ce petit buisson ». Elle désignait un petit buisson bas, aux minuscules feuilles vernissées et à l’air innocent. Daphné partit, un peu sceptique : comment se cacher dans un buisson si peu épais ?

Le lendemain, la ronde quotidienne commença. Dès qu’elle mit le nez dehors pour prendre son petit déjeuner, Daphné se mit à courir pour échapper à A-Poil-Long. Elle courait, courait, toujours plus épuisée. Et soudain, en passant près du terrier de la vieille marmotte, elle se souvint du conseil si bizarre. Elle se jeta dans ce petit buisson et là, tout à coup, elle sentit ses pattes arrière s’ancrer au sol, ses griffes pousser, pousser comme des racines. Ses pattes avant s’allongeaient comme des branches, ses oreilles se fondaient dans les feuilles vertes du buisson et, stupéfaite, elle vit sa fourrure se couvrir de minuscules fleurs roses. A-Poile-Long, l’air penaud, continua à chercher Daphné pendant des jours parmi la montagne, avant de noyer son chagrin dans la liqueur de pissenlits. Quant à Daphné, elle commença alors à mener une vie bien curieuse pour une marmotte : dès le printemps, à l’heure ou les autres marmottes se réveillent, elle s’installe dans le buisson vert et se fond en lui, le couvrant de petites fleurs délicates qui s’échappent de sa fourrure. L’hiver, selon la légende, elle parcourt la montagne, enfin libre de toute attache, heureuse et sage. Je suis sûre que Grand’Ma a quelque chose à voir avec cette histoire.

Marmotte et Daphné

Enfin bref, je suis allée rendre visite à Daphné ces derniers temps, histoire de lui tenir compagnie pendant qu’elle se cachait. Aujourd’hui, les gens appellent cette fleur le Daphné camélée, mais c’est parce qu’ils ont oublié qu’il faut dire la Daphné caméléon, tss. Certains parlent aussi de camélée des Alpes, de Daphné thymélée ou de Daphné canulé, allez savoir pourquoi. Elle fait partie de la même famille que le joli-bois et le laurier des bois. C’est une plante qui pousse au ras du sol dans les prairies sub-alpines, parfois même en sous-bois. Ses fleurs sont très parfumées (comme une fourrure de marmotte, qui sent délicieusement bon comme chacun le sait), mais toute la plante est toxique (pour être sûre, jusqu’au bout, de résister aux assauts d’A-Poil-Long).

Daphné camélée – Daphne cneorum – Famille des Thyméléacées

Le séneçon doronic

Fin mai, début juin, la montagne se couvre de soleils éclatés jaune d’or. On les confond facilement : du pissenlit juteux au doronic à grandes fleurs, de l’arnica au tussilage… Mais si certaines de ces fleurs sont bonnes à grignoter, pour faire des tisanes ou comme cataplasme, il ne faut pas en faire autant avec le séneçon doronic. Les bergers en faisaient parfois des tisanes contre l’asthme, ce qui faisait doucement rigoler les grands-mères marmottes, qui savaient bien que toute la plante est toxique. C’est sûr qu’après une bonne infusion, on n’a plus d’asthme…

Séneçon doronic… Vous vous demandez comment je peux retenir un nom pareil, hein ? Je décompose (allez hop, je vais étaler ma science). Doronic, c’est le nom de plusieurs fleurs jaunes du même genre, il n’y a que la feuille qui change. Ça vient de l’arabe doronidj, le « poison de léopard », groarr. Comme quoi, les marmottes sont plus malines que les léopards, puisqu’elles ne grignotent que des pissenlits. Et puis séneçon, ça vient du latin senex, qui veut dire vieillard, parce qu’à partir de juillet la fleur jaune a disparu, remplacée par une touffe d’aigrettes blanche comme une tête de marmotte chenue. Si vous avez bien suivi, on peut dire « vieux matou », ou alors « léopard à poils blancs », ou « poison de léopard croulant », je suis sûre que vous retiendrez ça mieux que séneçon doronic.

Je vous accorde que c’est un nom ridicule. Mais ça reste une fleur vraiment jolie : une fleur jaune vif très régulière, haut perchée, qui agrémente les tas de cailloux dans la montagne. Ça fait de l’ombre, c’est bien. Les feuilles grattent un peu au début de l’été, légèrement dentelées et couvertes d’un petit duvet ; en juillet, elles perdent leurs poils grisâtres, au même moment où la fleur devient poilue comme un pissenlit. On peut souffler sur la fleur en question, comme un pissenlit, pour semer les aigrettes à tout vent.

Séneçon doronic – Senecio doronicum – Famille des Astéracées

J’ai beau dompter mes instincts primaires, certains reviennent au galop. Le printemps est précoce cette année, et ça fait un mois et demi que je me goinfre de bonnes herbes bien grasses, de pissenlits et d’autres petites fleurs. Ben oui, le printemps, c’est quand même le moment de se jeter sur tout ce qui est bon en faisant « Graaaou! ». Je suis même tombée sur un parterre de clafoutis aux cerises qui poussaient au pied d’un sac de touriste ! Alors vous pensez bien que j’avais pas grand chose à raconter la bouche pleine.

Mais j’avais les oreilles grandes ouvertes. Parce que le printemps, c’est le moment où toutes les marmottes sortent de chez elles pour s’empiffrer. Et comme ça fait des mois qu’elles dorment dans leurs terriers, elles ont très très envie de parler avec les copines. Du coup, elles arrêtent pas de jacasser.

Bien sûr, il ne se passe pas grand chose pendant l’hiver, et on a rien à se raconter depuis l’automne, en fait. Mais pour moi, c’est tout bénef. Parce que les marmottes sont prêtes à inventer n’importe quoi juste pour le plaisir de parler. C’est pile le bon moment pour leur faire raconter leurs vieilles histoires. Et y a une copine qui m’a racontée une super histoire. Une histoire d’eau.

C’est une histoire qui se passe à Chaillol, il y a super longtemps. C’est une histoire qui fait peur, avec une sorcière et tout. Enfin, en vrai, y a bien une sorcière, mais elle meurt tout de suite, alors ça compte pas vraiment. Parce que les gens à l’époque, quand ils trouvaient une sorcière, zou, ils la faisaient brûler. Ça devait être une sorte de jeu. Et c’est pour ça qu’il y avait plus beaucoup de forêts par ici. Forcément, s’ils faisaient des bûchers pour toutes les goitreuses du coin…

Celle-là de sorcière, elle avait un petit chien noir : Roussou. Comme il aimait bien sa maîtresse, il est venu lui faire des léchouilles sur les bûches, ce qui n’était pas très malin de sa part vu qu’on s’apprêtait à y mettre le feu. La sorcière, elle, était une maline et elle a joué un tour de marmotte aux villageois : elle a chuchoté des trucs à l’oreille du chien ! Des bêtises, juste des sons pris au hasard. Et alors, direz-vous ? Il y a des gens qui chuchotent à l’oreille des chevaux tous les jours, et on en fait pas tout une histoire. Tsss. Vous n’avez rien compris à ce qu’est une histoire. C’est puissant une histoire. Et des histoires, vous en faites tout le temps, sans même vous en rendre compte.

Le chien est parti, la sorcière à brûlé. Et c’est là que les villageois ont commencé à se faire des histoires. Qu’est-ce qu’elle a bien pu raconter à ce chien ? Qu’est-ce qu’il est devenu d’ailleurs ce chien ? Vous pensez quand même pas qu’elle lui a demandé de la venger ? Ouh la la ! Mais qu’est-ce qu’elle va nous faire ? Etc.

En vrai, le chien s’est caché dans la montagne pour pleurer sa maîtresse. Il serait mort sans histoire s’il n’avait pas rencontré une marmotte étrange… En fait, je crois que c’était Grand’Ma. Enfin, celle de l’époque. Comme elle est un peu sorcière aussi, elle devait avoir envie de donner une leçon aux villageois. Elle est pas toujours très sympa, mais elle est toujours aux bons endroits,  Grand’Ma. Elle a emmené Roussou avec elle et l’a caché quelques jours. Pendant ce temps, elle a embauché les marmottes des alentours pour creuser sous les alpages, au nez et au poil des bergers du village.

Au bout de quelques jours, elle a laissé ressortir Roussou et lui a dit d’aller creuser un trou à un endroit précis. Roussou n’était pas très malin, mais il avait l’habitude d’obéir aux sorcières ; il a creusé, juste devant les bergers. Et vraoum ! Un énorme torrent est sorti du trou. Il a déferlé sur les pentes et a commencé à descendre sur le village en emportant tout. Résultat, plus de village. Et z’avez le bonjour de la sorcière.

C’était les marmottes qui avaient fait un canal souterrain et dévié les eaux d’un torrent. Elles s’en souviennent encore. Elles avaient dû arrêter de se goinfrer pour ça. Mais comme personne n’avait rien vu, les villageois ont cru que c’était le chien. Et donc la sorcière. Ils en ont fait une histoire, et à partir de là, ils ont arrêté de brûler les sorcières. Vous voyez. Je vous avais bien dit que c’était puissant une histoire. Apprendre à faire des histoires, c’est un peu devenir une sorcière. C’est pour ça que je travaille dur. Comme ça je pourrai me venger. Ha ha ha ! Par contre, faudra que je trouve de quoi me venger, parce que faut que ce soit terrible pour être crédible, et là, j’ai pas trop d’idées.

De toutes façons, j’ai mieux à faire pour le moment : je mange. D’ailleurs, je vous ai pas dit, mais ma copine, c’est une prapicoise que j’ai rencontrée pendant mon stage. Une marmotte de Prapic, quoi. Parce qu’en fait, j’ai décidé de faire un stage de « survie en milieu touristique ». Et là, franchement, c’est à Prapic qu’on trouve les cadors de la profession. Je croyais être trop forte, mais j’ai encore des progrès à faire. Là-bas, elles ont des techniques purement géniales pour dépouiller les touristes. Ma copine c’est la meilleure pour ça ; elle pratique la technique de l’ours. C’est tout bête, il suffit de se faire passer pour un ours. Et on ne refuse pas son quatre heure à un ours.

C’est super efficace. Elle fonce sur les touristes en faisant du bruit, et quand elle arrive au milieu d’eux, elle se dresse sur ses pattes en faisant « Groaouaour ! ». Faut voir leurs têtes, aux touristes ! Je l’ai vue faire, la copine. Eh ben c’est super impressionnant. Et ça marche !

Je crois que je vais me plaire ici.

L’histoire de la la sorcière Sufrène et de son chien Roussou se retrouve dans l’excellent ouvrage de Charles Joinsten, Êtres fantastiques du Dauphiné. Patrimoine narratif des Hautes-Alpes, Grenoble, 2006, p. 206-207.

Les saxifrages, vous passez devant tout l’été sans les regarder, et c’est bien dommage. Il y en a plein en montagne : des paniculées, des fausse-mousse, des étoilées, des à feuilles en coin… Mais dès les mois d’avril-mai, regardez les rochers, plissez les yeux, et observez la saxifrage à feuilles opposées.

Dès la fonte des neiges, les rochers et les moraines se couvrent de petits nuages roses, d’un rose très vif et qui met de très bonne humeur. Peu à peu, les petites fleurs virent au mauve, comme sur la photo, puis se dessèchent et laissent leurs graines au bon vouloir du vent.

Les feuilles de cette saxifrage sont toutes petites, ovales, épaisses, de couleur vert foncé et bordées de minuscules cils raides. Elles restent au ras du sol, puisque les nuages roses ne font pas plus de 8cm de haut. Contrairement aux autres saxifrages, ses feuilles sont opposées, c’est-à-dire qu’elles sont insérées l’une en face de l’autre au niveau d’un nœud (le contraire, c’est les feuilles alternées).

La saxifrage à feuilles opposées est une costaude, une aventurière : elle est partie des Alpes pour envahir le monde, au moins dans ses régions froides. On en trouve dans tout le nord de l’Eurasie, jusqu’en Alaska ! Au Tibet, elle vit à plus de 5000m, mais on en trouve dans les Alpes à partir de 1500m, dans les étages subalpin et alpin. Il n’y a qu’à proximité du lac de Constance où l’on peut en trouver très, très bas : on en connaît une colonie à 400 m d’altitude !

Sinon, rien à voir mais je sais que ça vous fera plaisir : j’ai vu mes copines marmottes hier ! On a bavardé, rigolé, mangé les pissenlits que j’avais apportés dans ma besace (chez elles, on doit encore se contenter d’herbe rase) et on s’est raconté les potins de l’hiver. Par contre, on voit qu’elles ne maîtrisent pas la technique de vol de Petits Ecoliers©, elles sont toutes maigres, les pauvrottes. J’ai aussi croisé trois chamois, qui m’ont snobée alors je leur ai tiré la langue (de loin).

Saxifrage à feuilles opposées – Saxifraga oppositifolia – Famille des Saxifragacées