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A la fin de l’été, les autres gentianes ont disparu. Pourtant, c’est à ce moment-là que décide d’apparaître la gentiane ciliée. Parce qu’elle met plus de temps à fleurir, à cause de ces longs cils à coiffer ? Parce qu’elle craint de voir son mauve délicat éclipsé par le bleu profond des autres gentianes ? Pour offrir à la prairie alpine un surcroit de ciel bleu, avant l’automne ?

Peu importe, la gentiane ciliée est vraiment très, très jolie avec sa petite fourrure couleur pervenche. J’hésite à me teindre les poils de la même couleur, mais je ne sais pas si ça donnerait aussi bien que sur elle. Vous en pensez quoi ?

La gentiane ciliée ne donne qu’une seule fleur au bout de sa longue tige, qui atteint parfois 25 cm. Quand la fleur n’est qu’un bourgeon, on dirait une glace à l’italienne (goût schtroumpf) : elle est joliment vrillée, les cils bien fermés et bien coiffés. Puis elle s’ouvre, déplie ses cils et déploie quatre pétales ovales, autour d’un cœur très discret, vert clair.

On trouve souvent les gentianes ciliées par petites colonies, en pelouse d’altitude ou à la lisière des forêts. J’en ai même croisé une à moins de 1000 m d’altitude, dans une forêt ! Celle-ci devait être une aventurière, une sorte de princesse-ciliée, comme moi.

Une fois ouverte, la gentiane cherche à se reproduire et assurer la survie de l’espèce, c’est comme ça. Malgré son air de jeune fille en fleur, aux yeux de biche, elle est plus complexe qu’elle en a l’air : la gentiane ciliée est hermaphrodite, fille et garçon à la fois, comme les escargots. Mais elle a besoin d’une autre fleur pour sa parade amoureuse, puisque le développement de l’ovule et du pollen n’a pas lieu au même moment. C’est ce qu’on appelle la dicogamie. Ceci dit, comme elles poussent en colonie, les gentianes ciliées ont l’embarras du choix pour les partenaire (si c’était encore le printemps, ça me donnerait des idées, tiens).

Gentiane ciliée- Gentiana ciliata – Famille des gentianacées

 

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Ah, j’ai eu bien du mal à l’identifier, cette plante couverte de fleurs vertes… J’ai cru innocemment que c’était une gentiane, puisqu’elle a la même feuille épaisse et plissée que la grande gentiane. Et puis, elle se plaît dans le même type d’habitat : les pâturages et pelouses d’altitude, engraissées par les vaches de l’été précédent. Et puis, non, décidément les gentianes vertes n’existent pas !

Je commençais à désespérer, et puis je me suis souvenue d’une initiation aux plantes toxiques, que ma grand-marmotte dispensait aux marmottons de l’année. Il faut être prudent en montagne, on ne dirait pas comme ça, mais il y a des tas de plantes qu’il vaut mieux éviter de grignoter ! J’avais dû écouter d’une demi-oreille, trop occupée à chuchoter avec mes cousins marmottons dans le rang du fond. Et le vératre blanc, j’avoue, était caché bien loin sous mes neurones.

Mais le revoilà ! Pourtant, quand on en croise un, difficile de le rater. Il est grand, bien plus qu’une marmotte puisqu’il fait plus d’un mètre au garrot ! Une longue tige, lestée de feuilles épaisses à la base, couverte de petites fleurs vertes tout l’été. Les fleurs ont 6 pétales en étoile, qui peuvent être dans les tons de vert, blanc ou jaune, mais toujours en demi-teintes.

Comme ma grand-marmotte l’avait expliqué (j’ai fini par m’en souvenir…), le vératre blanc est une plante terriblement toxique. Pourtant, prise en minuscules quantités, il paraît que c’est très efficace quand on mal au ventre et qu’on doit sans cesse courir se cacher derrière un rocher. Pratique pour se soigner quand on est en vadrouille (mais n’essayez pas tout seul, demandez à un homéopathe !), puisqu’on trouve des vératres blancs dans toutes les montagnes d’Europe et d’Asie. Il faudra que je demande à mes cousines japonaises, les mâmotto, comment elles l’utilisent pour se soigner. Lors d’un prochain voyage ?

Vératre blanc, parfois appelé hellébore blanc ou varaire blanc – Veratrum album – Famille des Liliacées

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Dans la montagne d’été, certaines fleurs sont vraiment reines. Vous vous souvenez du lis martagon ? Une fleur cousine, le lis orangé, a le même port altier, la feuille conquérante et la robe chatoyante. Ici, la robe est couleur de soleil pour fêter le retour de l’été, parfois jaune, parfois orange vif, mais souvent dans un entre-deux très lumineux. De toutes façons, vous ne pouvez pas la manquer, vu qu’elle a le bon goût d’être haute sur tige : entre 20 et 80 cm.

Elle fleurie au début de l’été, en juin et en juillet. Elle est bien connue des marmottes, parce qu’elle est un peu comme nous : elle aime bien les rochers et les pelouses alpines. Et puis elle est belle, évidemment.

Moi, ce que j’aime bien avec cette fleur, c’est qu’elle a des feuilles rigolotes en forme de petits couteaux. On dit qu’elles sont lancéolées-linéaires. Enfin, ça c’est pour faire chic. Moi je les imagine toujours comme un espèce d’escalier vert en colimaçon qui mène jusqu’à la fleur. Moi je suis trop lourde pour grimper dessus, j’ai essayé. Mais des petits insectes peuvent se lancer à l’assaut de la tour en gravissant les escaliers et aller sauver la princesse Étamine. Yaahaa ! Sus aux dragons !

Et puisqu’on en parle des étamines, celles du lys orangé se dressent majestueusement tout en haut avec un petit bout noir pour les reconnaître. C’est toujours pratique pour attirer les insectes pollinisateur et leur faire amener le pollen vers un autre lys orangé. Je vais pas vous faire un dessin, mais c’est un peu comme une histoire d’amour par téléphone. Sauf que ce sont les abeilles dans le rôle du fil, et que c’est un peu plus efficace que le téléphone pour faire des bébés.

Attention ! C’est une jolie fleur, mais il est interdit de la cueillir. Il paraît que certains malpolis le font. Gare à eux s’il y a des marmottes pour témoins, parce qu’ils pourrait benien se retrouver la tête dans un terrier avec leurs lacets noués entre eux. Héhé !

Lis orangé – Lilium bulbiferum ou Lilium croceum – Famille des Liliacées

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Un buisson plein de plumeaux blancs majestueux ? Tout ça au milieu d’une forêt humide, ou près d’un cours d’eau ? Ça mes agneaux, c’est une astilbe.

D’habitude, on voit plutôt ça dans les jardins. Mais bon, inutile de descendre dans la vallée, la montagne réserve quelques surprises au début de l’été. Les fleurs de l’astilbe existent en rose, blanc, violet ou rouge, il y a un large choix de couleurs. Les feuilles aussi s’amusent entre le vert, le jaune ou le rouge. Là j’ai fait simple et de bon goût, vous noterez, en m’en tenant au blanc et vert. Bon, je reconnais que c’est seulement ce modèle-là qu’on trouve en montagne.

On trouve plutôt les astilbes dans les lieux humides, en fond de vallée, dans les forêts près d’un ruisseau. Elles ont besoin d’une terre assez riche pour se sentir heureuses, et pouvoir offrir une telle floraison en juin-juillet. Si l’été est bien frais, l’astilbe fleurira même plus longtemps.

L’hiver, piouf, la plante disparaît. Les feuilles tombent, les fleurs et les tiges séchées finissent par être englouties sous la neige, et puis plus rien…

Au début du printemps, il reste quelques misérables tiges marron. Heureusement, les racines rhizomateuses sont très rustiques (dites-le dix fois très vite) et résistent aux grands froids de la montagne. En repartant de rien, imaginez le travail pour fournir quelques mois plus tard un buisson aussi dense, qui fait parfois plus d’un mètre de hauteur ! Avec des tas de fleurs et tout !

Astilbe – Astilbe – Famille des Saxifragacées

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Dans la montagne, on ne croirait pas, mais il y en a tout plein de choses comestibles et délicieuses. Vous vous souvenez du cynorhodon, qu’on grignote dès les premières gelées ? Tout sucré, il colle aux pattes et chatouille la gorge. Si vous ne voulez pas attendre l’hiver prochain pour retrouver son goût, voici une petite recette de soupe glacée et salée, à siroter le midi au soleil, devant son terrier.

Pour 2 marmottes :

– 100 g de cynorhodons d’été

– 150 g d’amandes mondées (sans la peau quoi)

– 1 poignée de mie de pain

– 1 c. à soupe de vinaigre

– 3 c. à soupe d’huile d’olive

– 750 g d’eau

– sel

Les cynorhodons se récoltent quand ils sont souples sous le doigt (à partir de mi juin), trop mûrs ils sont impossibles à manipuler.

Épépinez et épilez les baies de cynorhodon : coupez les pôles des baies, ouvrez-les en deux et épépinez avec une petite cuillère. Achevez de nettoyer l’intérieur de la baie à l’ongle, sous le robinet : il ne doit pas rester un poil !

Mettez tous les ingrédients dans un mixeur. Mixez longuement, filtrez et mettez 2h au frais avant de servir. Cela donne une soupe colorée, douce et originale. Vous pouvez vous amuser avec quelques épices, mais point trop pour ne pas cacher le goût du cynorhodon.

Recette : Lugar do olhar feliz.

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Il y a longtemps, une belle marmotte brune qui s’appelait Daphné se faisait harceler par un marmotton, A-Poil-Long (oui, à l’époque les gens avaient des noms un peu bizarres). A-Poil-Long était beau comme un dieu, un pur beau gosse, mais j’imagine qu’il n’était pas très malin ou qu’il avait un tout petit terrier, ou bien qu’il était nul à la chasse au pissenlit. Enfin bref, Daphné ne pouvait pas voir A-Poil-Long en peinture, alors que lui était complètement fou d’elle. Il était tout le temps en train de lui courir après, et la pauvre marmotte était épuisée : elle passait ses journées à courir de toutes ses forces, à sauter dans l’eau glacée des ruisseaux et à se cacher derrière les buissons pour lui échapper. Elle n’avait pas le temps de manger, et à peine le temps de récupérer pendant la nuit, ce qui est tout de même dramatique pour une marmotte.

Un soir, Daphné alla voir discrètement une vieille marmotte un peu sorcière qui vivait dans un terrier écarté. Elle lui expliqua la situation en la suppliant de trouver une solution.

La vieille marmotte réfléchit un instant, la patte sous le menton. Elle regarda Daphné en coin et lui dit : « Si tu es vraiment certaine de vouloir échapper à ce marmotton, demain, jette-toi dans ce petit buisson ». Elle désignait un petit buisson bas, aux minuscules feuilles vernissées et à l’air innocent. Daphné partit, un peu sceptique : comment se cacher dans un buisson si peu épais ?

Le lendemain, la ronde quotidienne commença. Dès qu’elle mit le nez dehors pour prendre son petit déjeuner, Daphné se mit à courir pour échapper à A-Poil-Long. Elle courait, courait, toujours plus épuisée. Et soudain, en passant près du terrier de la vieille marmotte, elle se souvint du conseil si bizarre. Elle se jeta dans ce petit buisson et là, tout à coup, elle sentit ses pattes arrière s’ancrer au sol, ses griffes pousser, pousser comme des racines. Ses pattes avant s’allongeaient comme des branches, ses oreilles se fondaient dans les feuilles vertes du buisson et, stupéfaite, elle vit sa fourrure se couvrir de minuscules fleurs roses. A-Poile-Long, l’air penaud, continua à chercher Daphné pendant des jours parmi la montagne, avant de noyer son chagrin dans la liqueur de pissenlits. Quant à Daphné, elle commença alors à mener une vie bien curieuse pour une marmotte : dès le printemps, à l’heure ou les autres marmottes se réveillent, elle s’installe dans le buisson vert et se fond en lui, le couvrant de petites fleurs délicates qui s’échappent de sa fourrure. L’hiver, selon la légende, elle parcourt la montagne, enfin libre de toute attache, heureuse et sage. Je suis sûre que Grand’Ma a quelque chose à voir avec cette histoire.

Marmotte et Daphné

Enfin bref, je suis allée rendre visite à Daphné ces derniers temps, histoire de lui tenir compagnie pendant qu’elle se cachait. Aujourd’hui, les gens appellent cette fleur le Daphné camélée, mais c’est parce qu’ils ont oublié qu’il faut dire la Daphné caméléon, tss. Certains parlent aussi de camélée des Alpes, de Daphné thymélée ou de Daphné canulé, allez savoir pourquoi. Elle fait partie de la même famille que le joli-bois et le laurier des bois. C’est une plante qui pousse au ras du sol dans les prairies sub-alpines, parfois même en sous-bois. Ses fleurs sont très parfumées (comme une fourrure de marmotte, qui sent délicieusement bon comme chacun le sait), mais toute la plante est toxique (pour être sûre, jusqu’au bout, de résister aux assauts d’A-Poil-Long).

Daphné camélée – Daphne cneorum – Famille des Thyméléacées

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Fin mai, début juin, la montagne se couvre de soleils éclatés jaune d’or. On les confond facilement : du pissenlit juteux au doronic à grandes fleurs, de l’arnica au tussilage… Mais si certaines de ces fleurs sont bonnes à grignoter, pour faire des tisanes ou comme cataplasme, il ne faut pas en faire autant avec le séneçon doronic. Les bergers en faisaient parfois des tisanes contre l’asthme, ce qui faisait doucement rigoler les grands-mères marmottes, qui savaient bien que toute la plante est toxique. C’est sûr qu’après une bonne infusion, on n’a plus d’asthme…

Séneçon doronic… Vous vous demandez comment je peux retenir un nom pareil, hein ? Je décompose (allez hop, je vais étaler ma science). Doronic, c’est le nom de plusieurs fleurs jaunes du même genre, il n’y a que la feuille qui change. Ça vient de l’arabe doronidj, le « poison de léopard », groarr. Comme quoi, les marmottes sont plus malines que les léopards, puisqu’elles ne grignotent que des pissenlits. Et puis séneçon, ça vient du latin senex, qui veut dire vieillard, parce qu’à partir de juillet la fleur jaune a disparu, remplacée par une touffe d’aigrettes blanche comme une tête de marmotte chenue. Si vous avez bien suivi, on peut dire « vieux matou », ou alors « léopard à poils blancs », ou « poison de léopard croulant », je suis sûre que vous retiendrez ça mieux que séneçon doronic.

Je vous accorde que c’est un nom ridicule. Mais ça reste une fleur vraiment jolie : une fleur jaune vif très régulière, haut perchée, qui agrémente les tas de cailloux dans la montagne. Ça fait de l’ombre, c’est bien. Les feuilles grattent un peu au début de l’été, légèrement dentelées et couvertes d’un petit duvet ; en juillet, elles perdent leurs poils grisâtres, au même moment où la fleur devient poilue comme un pissenlit. On peut souffler sur la fleur en question, comme un pissenlit, pour semer les aigrettes à tout vent.

Séneçon doronic – Senecio doronicum – Famille des Astéracées

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