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Posts Tagged ‘fleur jaune’

Fin mai, début juin, la montagne se couvre de soleils éclatés jaune d’or. On les confond facilement : du pissenlit juteux au doronic à grandes fleurs, de l’arnica au tussilage… Mais si certaines de ces fleurs sont bonnes à grignoter, pour faire des tisanes ou comme cataplasme, il ne faut pas en faire autant avec le séneçon doronic. Les bergers en faisaient parfois des tisanes contre l’asthme, ce qui faisait doucement rigoler les grands-mères marmottes, qui savaient bien que toute la plante est toxique. C’est sûr qu’après une bonne infusion, on n’a plus d’asthme…

Séneçon doronic… Vous vous demandez comment je peux retenir un nom pareil, hein ? Je décompose (allez hop, je vais étaler ma science). Doronic, c’est le nom de plusieurs fleurs jaunes du même genre, il n’y a que la feuille qui change. Ça vient de l’arabe doronidj, le « poison de léopard », groarr. Comme quoi, les marmottes sont plus malines que les léopards, puisqu’elles ne grignotent que des pissenlits. Et puis séneçon, ça vient du latin senex, qui veut dire vieillard, parce qu’à partir de juillet la fleur jaune a disparu, remplacée par une touffe d’aigrettes blanche comme une tête de marmotte chenue. Si vous avez bien suivi, on peut dire « vieux matou », ou alors « léopard à poils blancs », ou « poison de léopard croulant », je suis sûre que vous retiendrez ça mieux que séneçon doronic.

Je vous accorde que c’est un nom ridicule. Mais ça reste une fleur vraiment jolie : une fleur jaune vif très régulière, haut perchée, qui agrémente les tas de cailloux dans la montagne. Ça fait de l’ombre, c’est bien. Les feuilles grattent un peu au début de l’été, légèrement dentelées et couvertes d’un petit duvet ; en juillet, elles perdent leurs poils grisâtres, au même moment où la fleur devient poilue comme un pissenlit. On peut souffler sur la fleur en question, comme un pissenlit, pour semer les aigrettes à tout vent.

Séneçon doronic – Senecio doronicum – Famille des Astéracées

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Non loin des bouquets de narcisse, des petites flammes orangées parsèment certaines prairies d’altitude. Ces tulipes australes sont rares, très belles et protégées. Pour de multiples raisons, c’est une espèce menacée : cueillette sauvage, destruction de leur habitat, maladies venues des tulipes horticoles… Cette espèce de tulipe se trouve essentiellement dans les montagnes du sud de la France.

La tulipe australe est d’autant plus précieuse qu’elle est sans doute la seule espèce de tulipes qui soit spontanée en France. En effet, il semblerait que les autres tulipes sauvages soient en réalité des tulipes d’origine orientale, venues en France au gré des voyages humains, peut-être mêlées aux bulbes de safran qui étaient cultivés dans le sud du pays. Certaines se sont même adaptées à la vie sauvage au XVIIe siècle, lors de la grande mode des tulipes en Europe (on parle même de tulipomanie), celle qu’évoque La Bruyère dans le portrait de l’amateur de tulipes…

Revenons à nos tulipes sauvages : espèce endémique, ses fleurs sont assez peu nombreuses puisque cette plante pratique la reproduction végétative : elle se développe à partir des rhizomes (des petites tiges souterraines) qui donnent naissance à un nouveau pied. Ces fleurs sont donc un petit luxe, puisqu’elles ne sont pas nécessaires à la survie de la plante !

La tulipe australe est dorée, mais l’extérieur des pétales est rouge-orangé. C’est ce qui la différencie de la tulipe sauvage (tulipa sylvestris subsp. sylvestris), qui est entièrement jaune. Toutes les deux ont des anthères poilues, ce qui les classe dans le groupe des tulipes Eriostemones. Les anthères, ce sont le bout des étamines, les petits boudins qui produisent le pollen. Apparemment, les autres tulipes s’épilent les anthères. Tulipe australe et tulipe sylvestre sont toutes les deux protégées et menacées.

Tulipe australe – Tulipa sylvestris subsp. australis – Famille des Liliacées

Pour en savoir plus : http://www.tulipessauvages.org/

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Mille pensées s’égrènent dans la montagne printanesque : dans les prairies, les sous-bois, au bord des chemins, et même au milieu des rochers. Jaunes, violettes ou souvent les deux à la fois, petites, grandes, rondes ou longues, toutes différentes, elles appartiennent pourtant à la même famille : la pensée des Alpes. Évidemment, il existe quelques autres pensées – la pensée du Mont-Cenis, la pensée des champs, la pensée Bubani, la mauvaise pensée… – mais je n’ai pas encore eu affaire à elles.

Oh, je pourrais vous en montrer plein, des jaunes pâles notamment, mais ces trois photos montrent bien la variété qui existe dans cette variété (si si). Celle de gauche, énorme, a poussé au milieu d’un chemin pierreux, à 2000m d’altitude. Au-dessus, ce mini-parterre sera bientôt brouté par les vaches, dans un pâturage frais et ombragé, à 1600m. Il paraît que les vaches adorent ça, depuis que Jupiter en a offert un bouquet à Io en la transformant en génisse. L’histoire ne dit pas si les vaches Milka® en ont trop mangé…

Si les bovins s’en régalent, les insectes ne se bousculent pas pour les butiner : comme ces fleurs sont éperonnées (la tige forme un pli), seuls les insectes à longue trompe, comme le sphynx à longue trompe, peuvent s’y risquer. Sur cette photo d’une pensée blanche, l’éperon en devenir est bien visible sur les bourgeons, au pied de la fleur.

Une dernière chose : les violettes et les pensées ne forment qu’un seul genre aux yeux des botanistes. Il faut dire qu’elles se ressemblent sacrément. La violette a juste l’air de faire la tête, avec ses pétales tournés vers le bas.

Pensée des Alpes – Viola calcarata – Famille des Violacées

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Des marais au milieu des montagnes, il y en a, et c’est un lieu de rendez-vous très prisé par les canards sauvages ou les insectes de toutes sortes. Lorsqu’en plus ces insectes trouvent des fleurs à butiner, des feuilles charnues à grignoter, c’est la folie des hauteurs. Ces gros boutons d’or sont de véritables boîtes de nuit pour scarabées et abeilles.

Le populage est une fleur de printemps, qui fait de petites touffes au bord des lacs, des marais, dans les prairies inondables quand elles sont inondées, ou même dans les forêts qui longent les cours d’eau (les ripisylves, héhé, ça vous en bouche un coin). Elle a de belles feuilles rondes et luisantes, en forme de cœur, et ses fleurs dorées ne passent pas inaperçues sur l’eau sombre des marais.

Les marmottes font confire les boutons de ces fleurs et les mangent comme des câpres, c’est délicieux dans une petite salade de pissenlits.

Populage des marais – Caltha palustris – Famille des Renonculacées

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Le vent souffle dans mes oreilles, la neige forme encore de larges plaques qui me refroidissent les pattes, mais de petits soleils m’encouragent dans mon ascension : c’est la gagée de Liotard, ou du moins l’une des onze espèces de gagée que l’on trouve dans ce pays. Les chamois l’appellent l’étoile jaune de Liotard, avant de s’empresser de la brouter.

Elle pousse dans les alpages, à la fonte des neiges, parmi les bouses de vaches de l’été précédent. Son nom rigolo vient de deux botanistes : Thomas Gage, un anglais de la vieille école, et Pierre Liotard, un copain du premier botaniste à l’avoir identifiée (Dominique Villars).

Gagée de Liotard – Gagea fragifera – Famille des Liliacées

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