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Posts Tagged ‘fleur rose’

Il y a longtemps, une belle marmotte brune qui s’appelait Daphné se faisait harceler par un marmotton, A-Poil-Long (oui, à l’époque les gens avaient des noms un peu bizarres). A-Poil-Long était beau comme un dieu, un pur beau gosse, mais j’imagine qu’il n’était pas très malin ou qu’il avait un tout petit terrier, ou bien qu’il était nul à la chasse au pissenlit. Enfin bref, Daphné ne pouvait pas voir A-Poil-Long en peinture, alors que lui était complètement fou d’elle. Il était tout le temps en train de lui courir après, et la pauvre marmotte était épuisée : elle passait ses journées à courir de toutes ses forces, à sauter dans l’eau glacée des ruisseaux et à se cacher derrière les buissons pour lui échapper. Elle n’avait pas le temps de manger, et à peine le temps de récupérer pendant la nuit, ce qui est tout de même dramatique pour une marmotte.

Un soir, Daphné alla voir discrètement une vieille marmotte un peu sorcière qui vivait dans un terrier écarté. Elle lui expliqua la situation en la suppliant de trouver une solution.

La vieille marmotte réfléchit un instant, la patte sous le menton. Elle regarda Daphné en coin et lui dit : « Si tu es vraiment certaine de vouloir échapper à ce marmotton, demain, jette-toi dans ce petit buisson ». Elle désignait un petit buisson bas, aux minuscules feuilles vernissées et à l’air innocent. Daphné partit, un peu sceptique : comment se cacher dans un buisson si peu épais ?

Le lendemain, la ronde quotidienne commença. Dès qu’elle mit le nez dehors pour prendre son petit déjeuner, Daphné se mit à courir pour échapper à A-Poil-Long. Elle courait, courait, toujours plus épuisée. Et soudain, en passant près du terrier de la vieille marmotte, elle se souvint du conseil si bizarre. Elle se jeta dans ce petit buisson et là, tout à coup, elle sentit ses pattes arrière s’ancrer au sol, ses griffes pousser, pousser comme des racines. Ses pattes avant s’allongeaient comme des branches, ses oreilles se fondaient dans les feuilles vertes du buisson et, stupéfaite, elle vit sa fourrure se couvrir de minuscules fleurs roses. A-Poile-Long, l’air penaud, continua à chercher Daphné pendant des jours parmi la montagne, avant de noyer son chagrin dans la liqueur de pissenlits. Quant à Daphné, elle commença alors à mener une vie bien curieuse pour une marmotte : dès le printemps, à l’heure ou les autres marmottes se réveillent, elle s’installe dans le buisson vert et se fond en lui, le couvrant de petites fleurs délicates qui s’échappent de sa fourrure. L’hiver, selon la légende, elle parcourt la montagne, enfin libre de toute attache, heureuse et sage. Je suis sûre que Grand’Ma a quelque chose à voir avec cette histoire.

Marmotte et Daphné

Enfin bref, je suis allée rendre visite à Daphné ces derniers temps, histoire de lui tenir compagnie pendant qu’elle se cachait. Aujourd’hui, les gens appellent cette fleur le Daphné camélée, mais c’est parce qu’ils ont oublié qu’il faut dire la Daphné caméléon, tss. Certains parlent aussi de camélée des Alpes, de Daphné thymélée ou de Daphné canulé, allez savoir pourquoi. Elle fait partie de la même famille que le joli-bois et le laurier des bois. C’est une plante qui pousse au ras du sol dans les prairies sub-alpines, parfois même en sous-bois. Ses fleurs sont très parfumées (comme une fourrure de marmotte, qui sent délicieusement bon comme chacun le sait), mais toute la plante est toxique (pour être sûre, jusqu’au bout, de résister aux assauts d’A-Poil-Long).

Daphné camélée – Daphne cneorum – Famille des Thyméléacées

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Les saxifrages, vous passez devant tout l’été sans les regarder, et c’est bien dommage. Il y en a plein en montagne : des paniculées, des fausse-mousse, des étoilées, des à feuilles en coin… Mais dès les mois d’avril-mai, regardez les rochers, plissez les yeux, et observez la saxifrage à feuilles opposées.

Dès la fonte des neiges, les rochers et les moraines se couvrent de petits nuages roses, d’un rose très vif et qui met de très bonne humeur. Peu à peu, les petites fleurs virent au mauve, comme sur la photo, puis se dessèchent et laissent leurs graines au bon vouloir du vent.

Les feuilles de cette saxifrage sont toutes petites, ovales, épaisses, de couleur vert foncé et bordées de minuscules cils raides. Elles restent au ras du sol, puisque les nuages roses ne font pas plus de 8cm de haut. Contrairement aux autres saxifrages, ses feuilles sont opposées, c’est-à-dire qu’elles sont insérées l’une en face de l’autre au niveau d’un nœud (le contraire, c’est les feuilles alternées).

La saxifrage à feuilles opposées est une costaude, une aventurière : elle est partie des Alpes pour envahir le monde, au moins dans ses régions froides. On en trouve dans tout le nord de l’Eurasie, jusqu’en Alaska ! Au Tibet, elle vit à plus de 5000m, mais on en trouve dans les Alpes à partir de 1500m, dans les étages subalpin et alpin. Il n’y a qu’à proximité du lac de Constance où l’on peut en trouver très, très bas : on en connaît une colonie à 400 m d’altitude !

Sinon, rien à voir mais je sais que ça vous fera plaisir : j’ai vu mes copines marmottes hier ! On a bavardé, rigolé, mangé les pissenlits que j’avais apportés dans ma besace (chez elles, on doit encore se contenter d’herbe rase) et on s’est raconté les potins de l’hiver. Par contre, on voit qu’elles ne maîtrisent pas la technique de vol de Petits Ecoliers©, elles sont toutes maigres, les pauvrottes. J’ai aussi croisé trois chamois, qui m’ont snobée alors je leur ai tiré la langue (de loin).

Saxifrage à feuilles opposées – Saxifraga oppositifolia – Famille des Saxifragacées

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A la fin de l’été, dans les hautes vallées, les marmottes se goinfrent de framboises sauvages. Mais souvent, aux buissons de framboisiers se mêlent d’étranges touffes de poils blancs qui font frémir les marmottons : un serpent à plumes ? Un renard tout maigre ?

Non, non, ce sont seulement les fruits de l’épilobe qui éclatent et sèment leurs graines.

L’épilobe fleurit pendant l’été, en moyenne montagne dans les espaces forestiers ouverts. Il apparaît en grand nombre après les coupes de bois, puis se raréfie à mesure que la forêt se referme. L’épilobe vit souvent en bande, et est très reconnaissable : une haute tige, qui dépasse souvent un mètre et se balance au vent, des feuilles sombres, fines et à peine dentelées, et une grappe de fleurs d’un rose incroyable. Ce sont des fleurs très élégantes quand on les regarde de près. Quatre pétales ovales assez larges alternent avec quatre autres plus étroits, d’un rose légèrement plus sombre. Au centre, un bouquet pistil-étamine dans les mêmes tons de rose. Et si l’on croque quelques fleurs d’épilobe en les prenant pour des framboises, ce n’est pas bien grave, elles sont comestibles même si elles n’ont pas beaucoup de goût…

Au fur et à mesure que l’été avance, la base de la fleur se gonfle et se transforme en une gousse pleine de graines. La fleur fane, la gousse grandit et les graines mûrissent tranquillement, jusqu’au jour où elles décident de prendre la montagne d’assaut.

Alors, les gousses se fendent en quatre et des touffes blanches couvrent la tige de l’épilobe. Chaque gousse comprend entre 300 et 400 graines. Chaque graine est surmontée d’une aigrette-parachute. L’épilobe se propage alors au gré du vent, ce qu’on appelle l’anémochorie (dispersion par le vent). Elle refera des colonies de fleurs roses, l’été suivant…

Épilobe en épi – Epilobium angustifolium – Famille des Onagracées

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Les prairies d’altitude, l’été, sont un parterre de fleurs. Je les traverse sans rien y voir, le museau empli de parfums incroyables, précédée de nuages de papillons bruns ou bleus.

Une fleur se distingue nettement par sa hauteur et son élégance : c’est le lis martagon. Sa longue tige mince peut atteindre 1m50 ! Autour d’elle sont groupées de belles feuilles, longues et à la texture épaisse. Tout en haut, de gros bourgeons violets se préparent, le long de la hampe florale. Ils donnent, en juin et juillet, de trois à dix fleurs majestueuses.

Celles-ci regardent le sol et les marmottes lorsqu’elles sont ouvertes. Elles sont grandes, roses à pois violets, composées de six pétales qui s’enroulent sur eux-mêmes à maturité, et de six étamines d’un beau brun-orangé (assorti à mes oreilles). Attention, le pollen tache les moustaches ! De toutes façons, ça ne sert à rien d’approcher son nez, le lis martagon est parfait sauf… qu’il sent mauvais.

Bas les pattes, ne ramassez pas ces fleurs de lis, la cueillette en est règlementée !

Quand les fleurs se redressent et regardent vers le ciel, c’est qu’elles sont en train de pondre : elles préparent un fruit, une sorte de longue capsule. Ce fruit s’ouvrira par trois déchirures longitudinales pour laisser tomber ses graines.

Si cette longue tige résiste si bien, c’est qu’elle est solidement ancrée dans le sol : le bulbe du lis martagon s’enfonce un peu plus dans le sol chaque année, au fur et à mesure qu’il prend du poids (un peu comme les marmottes). Les rongeurs comme les humains peuvent se nourrir de ce bulbe. On raconte qu’un peuple d’Asie, les  rusés Itelmes, attendent que les souris aient stocké plusieurs bulbes, repèrent leur cachette et n’ont plus qu’à les récupérer ! En échange, ils ont coutume de laisser la même proportion de graines comestibles aux souris… Mmmh, ça me donne des idées….

Lis martagon – Lilium martagon – Famille des Liliacées

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« Du haut de ces pyramides, quarante fleurs vous contemplent ! »

Cette célèbre phrase de Marmoléon rend bien compte des principales caractéristiques de cette variété de bugle : elle est pyramidale, et fait plein de petites fleurs. Il y en a des roses, mais je préfère les bleues, c’est plus chic.

Elle a des feuilles de menthe qui ne sentent pas, des fleurs de thym qui ne sentent pas non plus : la bugle est une plante cousine de la menthe et du thym, mais aussi de la lavande ou la sauge, du romarin, du serpolet, de toutes ces plantes sympathiques dont nos grands-mères marmottes font des tisanes, et que  les marmots toqués d’aujourd’hui transforment en écume ou en gelée servies en minuscules portions. La bugle, en revanche, ne se cuisine pas, comme son nom peu appétissant l’indique.

La bugle a les pattes velues, légèrement carrées ; mais si sa silhouette est trapue et rustique, elle parvient à être élégante grâce à ses couleurs. A la base de la pyramide, les feuilles sont vertes ; mais plus on monte, plus elles deviennent pourpres, dans un joli dégradé. Les fleurs (bleues ou roses donc, si vous avez suivi) sont placées à la jointure des feuilles, comme des coquettes qui se protègent du soleil sous leur ombrelle.

La bugle pousse dans des prairies bien vertes, riches et humides, mais situées en altitude. Eh, c’est une fleur de montagne, pas l’une de ses vulgaires cousines des plaines ! Elle fleurit au milieu du printemps, puis tout l’été, au milieu de la nuée de fleurs des prairies d’altitude.

Les marmottes utilisent les bugles comme instrument de musique, essentiellement pour le jazz. C’est un artisanat délicat et rare : il s’agit de percer la tige de la bugle et de l’entortiller selon une recette complexe et séculaire, tout en conservant les petites fleurs. A charge ensuite au musicien de souffler dedans en posant le bout des pattes sur les fleurs, pour obtenir des sons variés. Ça change des sifflements ! Les humains ont copié cette technique mais ont préféré le cuivre à la plante originale. Pour bien marquer cette différence, ils appellent leur petite trompette un bugle.

Bugle en pyramide – Ajuga pyramidalis – Famille des Lamiacées

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Fin mai, quand on monte vraiment haut, ou sur les versants nord, la montagne est encore toute blanche. Tout près des plaques de neige pointent de minuscules fleurs jaunes, blanches ou roses. J’en ai déjà évoqué certaines mais cette semaine, j’ai pu admirer devant le terrier de Léontine une belle fleur violette.

Au ras du sol, quelques feuilles toutes rondes, qui ressemblent à des feuilles de cyclamen, servent de panneaux photovoltaïques : elles captent le moindre rayon de soleil et font fondre la neige. Une tige bien droite se dresse alors et, au-dessus, deux ou trois fleurs jumelles. Ces corolles délicates et violettes, comme un tutu d’Élise, se froissent dès qu’on les touche. Seules les abeilles peuvent s’y poser assez délicatement. Elles atterrissent sur les pétales, sont entourées d’un nuage de pollen, embrassent le long pistil tout fin et repartent butiner la montagne.

Soldanelle des Alpes – Soldanella alpina – Famille des Primulacées

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