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Posts Tagged ‘fleur violette’

A la fin de l’été, les autres gentianes ont disparu. Pourtant, c’est à ce moment-là que décide d’apparaître la gentiane ciliée. Parce qu’elle met plus de temps à fleurir, à cause de ces longs cils à coiffer ? Parce qu’elle craint de voir son mauve délicat éclipsé par le bleu profond des autres gentianes ? Pour offrir à la prairie alpine un surcroit de ciel bleu, avant l’automne ?

Peu importe, la gentiane ciliée est vraiment très, très jolie avec sa petite fourrure couleur pervenche. J’hésite à me teindre les poils de la même couleur, mais je ne sais pas si ça donnerait aussi bien que sur elle. Vous en pensez quoi ?

La gentiane ciliée ne donne qu’une seule fleur au bout de sa longue tige, qui atteint parfois 25 cm. Quand la fleur n’est qu’un bourgeon, on dirait une glace à l’italienne (goût schtroumpf) : elle est joliment vrillée, les cils bien fermés et bien coiffés. Puis elle s’ouvre, déplie ses cils et déploie quatre pétales ovales, autour d’un cœur très discret, vert clair.

On trouve souvent les gentianes ciliées par petites colonies, en pelouse d’altitude ou à la lisière des forêts. J’en ai même croisé une à moins de 1000 m d’altitude, dans une forêt ! Celle-ci devait être une aventurière, une sorte de princesse-ciliée, comme moi.

Une fois ouverte, la gentiane cherche à se reproduire et assurer la survie de l’espèce, c’est comme ça. Malgré son air de jeune fille en fleur, aux yeux de biche, elle est plus complexe qu’elle en a l’air : la gentiane ciliée est hermaphrodite, fille et garçon à la fois, comme les escargots. Mais elle a besoin d’une autre fleur pour sa parade amoureuse, puisque le développement de l’ovule et du pollen n’a pas lieu au même moment. C’est ce qu’on appelle la dicogamie. Ceci dit, comme elles poussent en colonie, les gentianes ciliées ont l’embarras du choix pour les partenaire (si c’était encore le printemps, ça me donnerait des idées, tiens).

Gentiane ciliée- Gentiana ciliata – Famille des gentianacées

 

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Aaah, les fleurs de printemps, on ne s’en lasse pas (enfin moi en tous cas… Chers lecteurs, dites-moi si vous voulez que je passe à autre chose). Lors de ma dernière ballade en forêt, c’était un festival de petites fleurs violettes : j’ai revu des crocus bigarrés, croisé des violettes très parfumées et tout plein d’hépatiques nobles. Non non, il ne s’agit pas d’une maladie rare, mais d’une jolie fleur violette, assez commune en montagne, qui apparaît au début du printemps. On en croise dès le mois de mars dans les sous-bois.

Au bout d’une tige poilue d’une dizaine de centimètres, les fleurs violettes, blanches ou bleues s’ouvrent. Les pétales sont assez charnus, ronds, et le cœur ressemble à un petit oursin jaune et blanc. Fécondées, les fleurs donnent des petites graines qui sont transportées par les fourmis et stockées dans leur placard à provision. Elles participent ainsi à la dissémination de l’espèce, braves fourmis.

Les feuilles sont épaisses et persistantes : quand les fleurs s’ouvrent au printemps, elles accompagnent les feuilles de l’année précédentes, qui ont traversé l’hiver. Elles sont d’un joli vert grenouille sur le dessus, et lie-de-vin sur la face intérieure. C’est leur forme particulière, à trois lobes, qui a donné son nom à la plante : Hepatica vient du grec hêpar, le foie, et fait référence aux lobes de celui-ci. On a longtemps cru que, puisque ses feuilles ressemblaient à un foie, l’hépatique noble soignait les maladies du foie (c’est d’une logique imparable), pourtant l’hépatique est toxique !

Et puisque je fais ma maline depuis tout à l’heure (en parlant grec et tout), figurez-vous qu’il existe des feuilles trilobées chez les hépatiques, mais aussi des fenêtres trilobées dans certaines grandes forêts de pierre. Les humains font aussi des fenêtres en forme de fleurs, qu’ils appellent rosaces. Je ne sais pas si c’est parce qu’ils ne voient pas la nature au quotidien, et se consolent en mettant de fausses plantes partout, ou alors qu’ils trouvent ces feuilles et fleurs si jolies qu’ils les immortalisent en pierre….

Hépatique noble – Hepatica nobilis – Famille des Renonculacées

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Comme vous le savez, j’aime bien les hellébores fétides, parce qu’elles sont rigolotes. Mais à la fonte de neiges, en montagne, on trouve quelques fleurs bien plus élégantes : les gagées de Liotard, les renoncules de montagne, les androsaces de Vitaliano, ou les crocus bigarrés (déjà, elles ont des noms qui ont la classe, hein ?).

Le crocus bigarré est une fleur caractéristique du sud-ouest des Alpes : on en trouve depuis la côte (dans les Alpes-Maritimes) jusqu’en Haute-Provence (Alpes de Haute-Provence et Hautes-Alpes), mais elle est plus rare dans le reste du Dauphiné. Le crocus bigarré pousse jusqu’à 1600m, et se plait surtout dans les alpages. Dès février, là où la neige vient de fondre, sur l’herbe encore noire de l’hiver, il fleurit en larges groupes. Des colonies de crocus, qui donnent à la montagne des reflets violets… On se sent revivre à l’époque des crocus, l’hiver touche à sa fin, on respire l’air frais à pleins poumons et on gambade dans la montagne. Un vieux marmotton un peu fêlé avait coutume de clamer à cette saison : « Le désert et le pays aride se réjouiront ; la solitude s’égaiera, et fleurira comme un crocus. » Bon, c’est vrai qu’il y a de ça, on sort de nos terriers et on court dans les crocus pendant que la montagne sort de l’hiver.

Le crocus bigarré est une petite fleur blanche ou lilas, rayée de violet à l’extérieur. A l’intérieur, les stigmates sont jaune orangé, et cette couleur très vive réjouit l’œil après tout le blanc de l’hiver. La fleur du crocus bigarré est basse, blottie contre le sol, et dépasse rarement les 10 cm de hauteur. Les feuilles se développent au moment de la floraison.

Les marmottes lui donnent plein de noms différents ; fleur des neiges, safran printanier, drap blanc, crocus de Crest, crocus changeant… Moi, j’aime bien « safran printanier », ça me rappelle les petits plats dorés que faisait ma grand-mère marmotte avec ses pistils. Oui, c’est la même famille que le safran, que les colchiques, que tous les autres crocus !

Crocus bigarré – Crocus versicolor – Famille des Iridacées

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Les prairies d’altitude, l’été, sont un parterre de fleurs. Je les traverse sans rien y voir, le museau empli de parfums incroyables, précédée de nuages de papillons bruns ou bleus.

Une fleur se distingue nettement par sa hauteur et son élégance : c’est le lis martagon. Sa longue tige mince peut atteindre 1m50 ! Autour d’elle sont groupées de belles feuilles, longues et à la texture épaisse. Tout en haut, de gros bourgeons violets se préparent, le long de la hampe florale. Ils donnent, en juin et juillet, de trois à dix fleurs majestueuses.

Celles-ci regardent le sol et les marmottes lorsqu’elles sont ouvertes. Elles sont grandes, roses à pois violets, composées de six pétales qui s’enroulent sur eux-mêmes à maturité, et de six étamines d’un beau brun-orangé (assorti à mes oreilles). Attention, le pollen tache les moustaches ! De toutes façons, ça ne sert à rien d’approcher son nez, le lis martagon est parfait sauf… qu’il sent mauvais.

Bas les pattes, ne ramassez pas ces fleurs de lis, la cueillette en est règlementée !

Quand les fleurs se redressent et regardent vers le ciel, c’est qu’elles sont en train de pondre : elles préparent un fruit, une sorte de longue capsule. Ce fruit s’ouvrira par trois déchirures longitudinales pour laisser tomber ses graines.

Si cette longue tige résiste si bien, c’est qu’elle est solidement ancrée dans le sol : le bulbe du lis martagon s’enfonce un peu plus dans le sol chaque année, au fur et à mesure qu’il prend du poids (un peu comme les marmottes). Les rongeurs comme les humains peuvent se nourrir de ce bulbe. On raconte qu’un peuple d’Asie, les  rusés Itelmes, attendent que les souris aient stocké plusieurs bulbes, repèrent leur cachette et n’ont plus qu’à les récupérer ! En échange, ils ont coutume de laisser la même proportion de graines comestibles aux souris… Mmmh, ça me donne des idées….

Lis martagon – Lilium martagon – Famille des Liliacées

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Mille pensées s’égrènent dans la montagne printanesque : dans les prairies, les sous-bois, au bord des chemins, et même au milieu des rochers. Jaunes, violettes ou souvent les deux à la fois, petites, grandes, rondes ou longues, toutes différentes, elles appartiennent pourtant à la même famille : la pensée des Alpes. Évidemment, il existe quelques autres pensées – la pensée du Mont-Cenis, la pensée des champs, la pensée Bubani, la mauvaise pensée… – mais je n’ai pas encore eu affaire à elles.

Oh, je pourrais vous en montrer plein, des jaunes pâles notamment, mais ces trois photos montrent bien la variété qui existe dans cette variété (si si). Celle de gauche, énorme, a poussé au milieu d’un chemin pierreux, à 2000m d’altitude. Au-dessus, ce mini-parterre sera bientôt brouté par les vaches, dans un pâturage frais et ombragé, à 1600m. Il paraît que les vaches adorent ça, depuis que Jupiter en a offert un bouquet à Io en la transformant en génisse. L’histoire ne dit pas si les vaches Milka® en ont trop mangé…

Si les bovins s’en régalent, les insectes ne se bousculent pas pour les butiner : comme ces fleurs sont éperonnées (la tige forme un pli), seuls les insectes à longue trompe, comme le sphynx à longue trompe, peuvent s’y risquer. Sur cette photo d’une pensée blanche, l’éperon en devenir est bien visible sur les bourgeons, au pied de la fleur.

Une dernière chose : les violettes et les pensées ne forment qu’un seul genre aux yeux des botanistes. Il faut dire qu’elles se ressemblent sacrément. La violette a juste l’air de faire la tête, avec ses pétales tournés vers le bas.

Pensée des Alpes – Viola calcarata – Famille des Violacées

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Fin mai, quand on monte vraiment haut, ou sur les versants nord, la montagne est encore toute blanche. Tout près des plaques de neige pointent de minuscules fleurs jaunes, blanches ou roses. J’en ai déjà évoqué certaines mais cette semaine, j’ai pu admirer devant le terrier de Léontine une belle fleur violette.

Au ras du sol, quelques feuilles toutes rondes, qui ressemblent à des feuilles de cyclamen, servent de panneaux photovoltaïques : elles captent le moindre rayon de soleil et font fondre la neige. Une tige bien droite se dresse alors et, au-dessus, deux ou trois fleurs jumelles. Ces corolles délicates et violettes, comme un tutu d’Élise, se froissent dès qu’on les touche. Seules les abeilles peuvent s’y poser assez délicatement. Elles atterrissent sur les pétales, sont entourées d’un nuage de pollen, embrassent le long pistil tout fin et repartent butiner la montagne.

Soldanelle des Alpes – Soldanella alpina – Famille des Primulacées

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Au printemps, les ronds-points des villes se couvrent de tulipes, ceux des montagnes font des feintes : on dirait une tulipe fatiguée, ce n’en est pas une, même si c’est de la même famille. C’est une superbe fritillaire du Dauphiné. Ses pétales sont sombres et, quand on regarde de près, on voit des petits carreaux plus clairs, c’est très chic. La fritillaire est une élégante perchée sur sa tige fine, courbée, sensuelle et mystérieuse. Elle porte un parfum de mystère et de malheurs…

C’est une fleur rare, protégée, mais ce n’est pas ça qui m’a dissuadée de la grignoter : son bulbe est mortel. Ma maman m’avait toujours dit que Ça-gratte, un marmotton-philosophe d’il y a très longtemps, avait bu  une coupe avec de la tisane de fritillaire devant ses élèves, et qu’il était mort sur le champ (le champ de quoi, je ne sais pas).

Un peu plus tard dans l’Histoire, elle a servi de symbole aux Protestants, qui se sont beaucoup mis au vert dans ces montagnes quand ça chauffait pour eux dans la plaine. C’est triste pour elle, mais cette fleur symbolise maintenant la persécution… Une raison de plus pour la laisser tranquille ?

Fritillaire du Dauphiné – Fritillaria tubiformis -Famille des Liliacées

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