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Posts Tagged ‘helleborus foetidus’

L’hiver est toujours tellement long, même lorsqu’on le passe à dormir : tout ce blanc, tout ce froid, ça lasse vite. En me réveillant il y a quelques jours, j’ai guetté le moindre signe du printemps. La neige avait fondu dans une bonne partie de la montagne, sauf sur les versants à l’ombre : j’ai poussé des petits cris de joie en voyant que je pouvais me remettre à voyager sans avoir les pattes glacées, scoui, scouii ! Il suffit de choisir des vallées un peu basses, des forêts d’adret, des montagnes de basse altitude…

En me promenant, je regardais si les bourgeons commençaient à se former ; on en est encore loin. J’ai bavardé avec les oiseaux qui passent l’hiver dans la montagne : ils sautillaient au soleil en cherchant les insectes qui commencent à sortir. J’ai même vu les premiers papillons, qui se coursaient au-dessus des genêts. Mais les arbres sont encore tout nus, sauf les pins et sapins ; l’herbe est toute sèche, cuite par la neige ; les pierres sont glacées. Bah, c’est encore l’hiver. Dans la montagne, une seule plante s’est vraiment réveillée ! C’est l’hellébore fétide. J’aime bien l’hellébore fétide. D’abord, parce qu’elle est la première à annoncer le printemps, dès la fonte des neiges. Et puis aussi parce qu’elle a un nom rigolo, qu’elle pue et que ses fleurs sont vertes comme des ogres.

Les hellébores, on en trouve partout. Dans les jardins des vallées, on trouve les variétés chic d’hellébores, celles qu’on appelle les roses de Noël, puisqu’elles fleurissent en hiver. Dans la montagne, bon, elles sont fétides, ce qui est tout de suite moins poétique. Les marmottes lui ont donné d’autres noms un peu plus sympathiques : pied de Griffon, rose de serpent, patte d’ours (mon préféré), mords-cheval, herbe printanière, favalau,… Elles poussent au bord des chemins, en forêt, dans les plaines, au milieu des buissons ou des cailloux : vraiment partout en France, tant qu’on ne monte pas au-dessus de 1800 m d’altitude. Il n’y a que dans quelques contrées barbares comme la Bretagne ou le Nord qu’elles se font rares.

C’est une plante assez basse, de 30 à 45 cm de haut, atteignant 80 cm à 1 m lors de la floraison. L’hellébore a des feuilles d’un beau vert sombre, lisse et brillant ; elles sont persistantes, et se contentent de devenir un peu plus sombres l’hiver, sans tomber. Chaque feuille ressemble un peu à une étoile, et pousse le long d’une tige épaisse. Ces tiges sont vertes, mais tirent parfois vers le rouge, c’est assez curieux. Certaines marmottes chuchotent que ces feuilles ressemblent à celles d’une autre plante, qui fait rigoler quand on la fume. Mais ajoutent qu’il vaut mieux éviter de fumer les hellébores… Parce que oui, les hellébores sont vénéneuses, alors on se contente de regarder. Et quand on regarde une hellébore fétide, on se bouche le museau en plus.

Au printemps, de l’hellébore fétide sort une sorte de touffe d’un vert très vif, au milieu de laquelle les fleurs se préparent. Les fleurs sont des petites clochettes, penchées pour se protéger des intempéries. Leurs cinq pétales sont vertes, souvent bordées de rouge sombre. Les étamines sont nombreuses, longues, et produisent une grande quantité de pollen : les hellébores fétides ne sont pas vénéneuses pour tout le monde, puisque les mouches, les abeilles et les bourdons en profitent. Les fleurs, pollinisées par les insectes, donnent naissance à un fruit : on dirait une gousse de petits pois. Quand la gousse éclate, les graines tombent avant d’être dispersées par les fourmis. C’est l’un des modes de reproduction de l’hellébore. L’autre, c’est le rhizome, cette sorte de tige-racine dont j’ai déjà parlé ailleurs.

L’hellébore fétide fleurit ordinairement deux fois, la première fois généralement vers cinq ans, mais parfois dès la deuxième année. De nouvelles tiges naissant de la souche assurent une seconde floraison l’année suivante, cette seconde floraison étant généralement suivie par la mort de la plante.

Hellébore fétide Helleborus foetidus – Famille des Renonculacées

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