Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘mélèze’

L’automne est bien installé. Les myrtilliers sont écarlates, les pelouses alpines d’une belle couleur dorée, les champignons pointent dans les sous-bois et les sommets sont déjà blancs, à nouveau. Les autres marmottes ont rejoint leurs terriers, fermé soigneusement leur porte avec des broussailles. La montagne semble immobile et silencieuse, sans leurs sifflements et le vrombissement des insectes. Le vol d’une corneille ou d’un passereau, une des dernières sauterelles sur le chemin, me tiennent compagnie.

L’automne est la saison de gloire de mon arbre préféré, le mélèze. L’été, il a la silhouette d’un sapin : long et fin, 30 à 40m de hauteur, de petites pommes de pin brunes… Il est juste d’un vert un peu plus clair et a des branches moins denses que ses voisins, le pin sylvestre (jusqu’à 1400 m) ou le pin cembro (en altitude). C’est le reste de l’année qu’on le repère très facilement, puisque le mélèze est le seul conifère d’Europe à perdre ses aiguilles en hiver. L’hiver, c’est facile, il est tout nu et maigre.

Au tout début du printemps, les aiguilles commencent à pointer et le mélèze ressemble à un petit fantôme d’un vert très pâle. Alors que les aiguilles s’allongent et prennent une belle teinte vert fluo, de curieuses framboises se développent sur le mélèze de printemps. Ce sont les chatons femelles, qui donneront les futurs cônes (les pommes de pin quoi). Sous les branches, de nombreux chatons mâles, plus petits et jaunes, dispersent leur pollen. Le vent et les insectes vont en féconder les chatons-framboises. Ceux-ci se transforment alors en cônes, brunissent et préparent les graines durant l’été. A la fin de l’été, ces petites graines (3 à 4 mm) s’échappent, souvent aidées par les oiseaux ou les écureuils, et donneront peut-être naissance à de petits mélèzes. Un trafic de graines se développe dans la montagne, les marmottes en étant très friandes pour l’apéro. Les cônes, eux, restent longtemps en place sur l’arbre, ne tombant souvent qu’à la fin de l’hiver suivant.

L’été terminé, le mélèze commence doucement à roussir. Une partie de ses aiguilles se teinte de jaune, et peu à peu, l’arbre prend une superbe teinte rousse. La montagne semble s’embraser, et les mélézins – les forêts de mélèzes – flamboient dans la lumière d’automne.

Le froid s’installe, la neige arrive et les mélèzes, comme leurs voisins aux feuilles caduques, perdent leurs aiguilles. Un manteau moelleux et roux couvre le sol des sous-bois.

En plus d’être beau et toujours changeant, le mélèze est un arbre utile. D’abord, son bois est solide, imputrescible, et multi-usage : on en fait des gouttières, des tables, on s’en sert pour recouvrir les toits ou pour la structure des granges. En plus, cet arbre permet à la montagne de retrouver sa biodiversité, peu à peu. Après des siècles de pastoralisme, la végétation était souvent limitée à la pelouse alpine (d’accord, c’est la végétation idéale pour les marmottes, mais il faut aussi penser aux autres animaux, hein). Avec la diminution des troupeaux, les mélèzes réapparaissent dans ces zones, d’abord un ou deux petits arbres, et bientôt tout un bois.

A leur suite, d’autres essences parviennent à se développer dans ces zones, car les mélèzes, qui sont à l’aise sur une terre pauvre, contribuent à enrichir le sol et luttent contre l’érosion. Mais cette nouvelle végétation a tendance, après quelques années, à prendre le pas sur les mélèzes et à s’installer durablement. Et dire que la montagne semble immuable…

Mélèze d’Europe – Larix – Famille des Pinaceae

Read Full Post »