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Posts Tagged ‘tige à mouton’

Dans les lacs de montagne se reflètent deux sortes de nuages : ceux du ciel, et ceux du bord de l’eau. Les nuages du ciel, à priori, vous connaissez, mais ceux du bord de l’eau, s’ils sont tout aussi jolis, sont plus rares : ce sont des nuages de linaigrettes.

On trouve plusieurs sortes de linaigrettes : à feuilles étroites, à larges feuilles, linaigrette des Alpes, de Scheuchzer, linaigrette engainante. Mais elles appartiennent toutes à la famille des cypéracées, comme leur cousin le papyrus.

Linaigrette à feuilles étroites

Les linaigrettes sont appelées traditionnellement le « jonc à coton », mais les marmottes préfèrent le nom de « tige à mouton », qui rappelle le nom savant des linaigrettes. Car Eriophorum vient de Erion (la laine) et Pherô (je porte), et qu’il faut bien convenir que les étendues de linaigrettes évoquent un troupeau de mini-moutons assoiffés !

Mes préférées sont aussi les plus fréquentes : les linaigrette à feuilles étroites, et la linaigrette de Scheuchzer.

La linaigrette à feuilles étroites, ou Eriophorum angustifolium, a une tige unique entourées de feuilles étroites qui sont munies d’un sillon central. Tout en haut, elles déploient 3 à 6 pompons, plus ou moins retombants, qui donnent à la plante son air d’élégante un peu fatiguée. Cette linaigrette-là se trouve plutôt dans les marécage de haute altitude que près des lacs : il faut un peu se mouiller les pattes pour les approcher, mais ça en vaut vraiment la peine.

Ensuite, il y a la linaigrette de Scheuchzer. D’où vient ce nom barbare ? Eh bien, l’Eriophorum Scheuchzeri a été décrite par David Heinrich Hoppe, un médecin, pharmacien et botaniste allemand de la première moitié du XIXe siècle, spécialisé dans la flore alpine. Oui mais Scheuchzer, me direz-vous ? J’y viens, j’y viens. Au moment de donner un nom à cette linaigrette, il a décidé de rendre hommage à un autre spécialiste de l’altitude : Johann Jakob Scheuchzer (1672-1733). Allez, comme vous avez été sages, je vous mets le portrait de ce naturaliste suisse. J’essaie de me confectionner la même perruque en linaigrette, mais c’est ardu. Scheuchzer n’était pas seulement botaniste, il s’est aussi intéressé à la météo, aux cailloux, aux légendes… Bref, un monsieur très sympathique. Je ne vous montre pas le portrait de Hoppe, il est beaucoup moins rigolo.

Revenons à nos linaigrettes.

Linaigrette de Scheuchzer

La linaigrette de Scheuchzer, malgré son nom barbare et chuintant, est une source de jeux inépuisable : on peut se déguiser en Saint-Nicolamarmotte, chatouiller sa voisine, jouer à cache-cache… Les grands-marmottes, pour préparer l’hiver, les récoltent pour remplir nos édredons, comme les Lapons. Des boules de neige qui tiennent chaud, que demander de plus ? La linaigrette de Scheuchzer ne possède, en haut de sa tige ronde, qu’un seul pompon, mais quel pompon !

Toutes les linaigrettes se reproduisent de la même manière. Elles ont des stolons, ces sortes de racines à partir desquels se développent d’autres linaigrettes. Et puis elles jouent avec le vent, à la fois pour être fécondées (le vent disperse le pollen : c’est l’anémophilie) et pour semer les graines de leurs pompons (c’est l’anémochorie, souvenez-vous j’en ai parlé à propos des épilobes).

Pour résumer : linaigrette à feuilles étroites, plusieurs feuilles et plusieurs pompons. Linaigrette de Scheuchzer, un seul pompon pour compenser un nom compliqué.

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